Le « DoritosGate » débarque en France

Un mois après les révélations d’un humoriste écossais sur le blog Eurogamer, l’affaire intéresse enfin les médias français : le quotidien Libération et le site Internet Arrêt sur images ont décidé de se pencher dessus.

Intitulée « Une table de Doritos » (http://www.eurogamer.net/articles/2012-10-24-lost-humanity-18-a-table-of-doritos) et illustrée par un journaliste canadien qui pose entre une table de chips et une affiche promotionnelle pour le jeu de Microsoft Halo 4, cette chronique a fait grand bruit dans le monde du jeu vidéo, mais pas seulement. Le 27 novembre -1 mois plus tard donc- Erwan Cario consacre deux pages à cette affaire dans le quotidien Libération. (http://www.liberation.fr/medias/2012/11/26/doritosgate-crispation-autour-des-jeux-video_863244). Cerise sur le gâteau, le site Arrêt sur images, spécialisé dans la critique des médias, a consacré la semaine dernière son émission hebdomadaire à cette histoire de Doritos (et visible ici, en contenu payant : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5418).

C’est une anecdote, relayée dans la chronique de Robert Florence, qui a mis le feu aux poudres. Pendant les Games Media Awards, une cérémonie organisée au Royaume-Uni pour récompenser les meilleurs journalistes jeux vidéo, un concours est mis en place par un éditeur de jeux : s’ils acceptent de publier un petit message promotionnel sur leur compte Twitter, les journalistes se voient offrir une… Playstation 3 ! Lauren Wainright, épinglée dans cette chronique, est le symbole de ce malaise : avant de travailler comme testeuse de jeu vidéo, elle était… employée chez Square Enix, éditeurs entre autres de Final Fantasy, l’une des sagas les plus populaires au monde.  Vexée, la journaliste menace de traîner le site en justice et l’emporte. La chronique est retirée du site et Robert Florence démissionne. Ainsi naît le « DoritosGate » !

«La presse jeu vidéo est un milieu consanguin et dégueulasse.»

L’auteur de cette formule n’est ni anglais, ni écossais, mais bien français. Elle est signée Usul, chroniqueur vedette sur jeuxvideo.com, l’un des sites les plus vus en France, toutes catégories confondues. Usul, justement, était invité sur le plateau d’Arrêt sur images la semaine dernière. Entouré par d’autres spécialistes de la presse jeu vidéo française (Gael Fouquet rédacteur en chef de Gamekult.com, Julien Chieze, cofondateur du site Gameblog.fr et Ivan Gaudé, directeur de la rédaction de Canard PC), ils ont tenté de mettre au clair les relations curieuses que peuvent entretenir presse spécialisée et éditeurs de jeux vidéos en France. Le visionnage de cette émission est intéressant, tant le malaise est palpable sur le plateau. Lorsque l’animateur, Daniel Schneidermann, pointe à plusieurs reprises le risque de conflit d’intérêt, aucun des intervenants n’est capable de le contredire. Pire, lorsqu’un journaliste de Gameblog est invité plusieurs jours dans un hôtel de luxe londonien par l’éditeur Activision pour tester le dernier Call of Duty, Julien Chieze, co-fondateur du site « ne voit pas où est le problème ». Dans son making-of de l’émission, le journaliste Sébastien Rochat, présent sur le plateau, balance une autre info : lors d’un voyage de presse en Asie, des éditeurs n’auraient pas hésité à engager des stripteaseuses. Ivan Gaudé, de Canard PC, essaye finalement de relever un peu le débat, en l’élargissant à celui de la liberté de la presse en général, lui qui a fait le pari de l’indépendance à l’égard des annonceurs : « La question de la structure des entreprises de presse, de leur actionnariat, est fondamentale dans la confiance que peut avoir le lecteur ».