Les données personnelles du côté de l’individu

Les données personnelles ont pour l’instant toujours été utilisées dans l’intérêt des entreprises et autres grandes organisations. Qu’en sera-t-il demain ?  Peut-on entrevoir une ère numérique prenant en compte les individus ? Si, oui de quelles manières ?
Le colloque « La politique des données personnelles : big data ou contrôle individuel ? » nous proposait quelques réponses à ces questions.  Il s’est tenu le Jeudi 21 Novembre 2013 à l’ENS Lyon, en collaboration avec la Villa Gillet, à l’occasion du Festival Mode d’emploi.

Schéma représentant l'ensemble du big dataCette journée proposait de faire le point sur des initiatives développées, ou en cours d’élaboration, ayant pour but de redonner le contrôle à tout individu de ses données personnelles. On le sait bien : les méthodes excessives du marketing moderne se nourrissent inlassablement de nos données personnelles pour mieux nous cibler. Pour autant, aujourd’hui, personne ne peut accéder à ces informations dites opaques. Beaucoup de sites spécialisés ou de médias en général, voire même les consommateurs eux-mêmes, s’inquiètent d’une utilisation sans vergogne de ces traces numériques dans le but de « contrôler » les individus sur leurs préférences et leurs goûts personnels en matière d’usages et d’habitudes de consommation. D’autres vont jusqu’à même parler d’une réalisation prophétique de l’œuvre de George Orwell, 1984.

Néanmoins, d’autres encore nous offrent des perspectives plus nuancées et moins alarmistes tels que Dominique Cardon, sociologue, Stéphane Grumbach, chercheur à l’INRIA Lyon et Daniel Kaplan, cofondateur de la « Fondation Internet Nouvelle Génération » [FING]. Ce dernier a été invité pour intervenir et présenter en deuxième partie du colloque sur son projet collaboratif et novateur « MesInfos ».  

Le Projet MesInfos et ses fondements

Logo du projet MesInfos par la FING

Logo du projet MesInfos par la FING

Ce projet est parti d’un constat simple. Depuis ce refuge immodéré des entreprises commerciales dans le big data, les utilisateurs n’en tirent aucun intérêt notable.

Au contraire, il tend à réduire l’échange et le partage entre ces individus et ces mêmes entreprises. Tout fonctionne à sens unique.  Par conséquent, le projet MesInfos veut entreprendre un échange concret entre les entreprises partenaires et ses clients pour plus de transparence.  Le principe de cet échange est clair : « si j’ai une donnée sur vous, vous l’avez aussi. Et vous en faites… ce qui a du sens pour vous ! ». Elle vise avant tout à redonner aux individus l’usage des données personnelles que les organisations possèdent sur eux. Ainsi, les entreprises participantes s’engagent à restituer toutes les données collectées, telles que l’historique de consommation, de la navigation web ou des diverses communications, à un panel de 300 consommateurs volontaires. Parmi ces entreprises, on retrouve Orange, la Société Générale, Les Mousquetaires – Groupe Intermarché, AXA, La Poste et Google, ce dernier à un niveau limité. Cet engagement leur permettrait de trouver de nouveaux moyens de reconquérir et de fidéliser leurs clientèles, si cette expérimentation venait à marcher. Cela apportait même bien plus à tous ces individus-consommateurs sur eux-mêmes.

« Connais-toi toi-même par les données »

A l’ère numérique, tous les individus sont concernés par ces collectes d’informations qui nous suivent et nous précèdent sans que l’on s’en rende vraiment compte. Pour certains, cela relève plutôt d’une praticité au quotidien. Pour d’autres, il s’agit d’intrusion dans la vie privée. Le projet MesInfos offre une plateforme en ligne où tout un chacun peut « conserver, observer et interagir avec ses données. » L’idée principale est d’apporter des nouveaux usages jusqu’alors impossibles. Daniel Kaplan parle de moyen d’obtenir plus d’informations afin de, par exemple, gérer au mieux son budget.

Mais comment cela s’opère concrètement ? On parle de catégories de bénéfices où le consommateur devient acteur de ces données. Ainsi, il serait capable d’administrer ses identités et ses informations, de maîtriser ces mêmes identités et ses données personnelles ou encore en apprendre plus sur soi afin d’agir. Quand bien même, ce serait le cas, le consommateur pourrait simplement récupérer ses données sans pour autant faire quoi que ce soit. Juste pour le principe, pour faire usage de son droit d’accès à ses données.

Pour exemple, le relevé bancaire intelligent. Demain vous pourriez remonter à la source de toute opération réalisée sur votre compte. Ainsi, chaque ligne d’opération vous renverrait vers un lien. Ce même lien afficherait le site marchand avec la facture de votre achat effectué quelques jours plus tôt, le ticket de caisse de vos courses faites en hypermarché, l’email de confirmation d’achat et ainsi de suite. Désormais plus besoin de jouer les Sherlock Holmes, tout sera disponible pour vous comme sur un plateau. C’est votre assureur qui sera content en cas de pépin !

Tout cela sera rendu possible grâce aux développements d’applications créatives. Le projet MesInfos est ouvert et participatif donnant l’opportunité à des « réutilisateurs » – designers, développeurs, entreprises innovantes – de ces données de créer divers services, comme ce relevé bancaire intelligent.

Un projet participatif et ouvert pour le moment…

Ce projet innovant offre concrètement de nouvelles ouvertures sur les usages du big data tant pour les grandes organisations que pour les individus. MesInfos a l’audace de redéfinir un terrain longuement conquis par les entreprises commerciales. Néanmoins, il reste à voir ce qu’il adviendra de sa forme définitive une fois la phase d’expérimentation achevée.

« Daniel Kaplan est le délégué général et cofondateur de la FING – Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération, un think tank – laboratoire d’idées – avant-gardiste qui mène le projet MesInfos. Il participe régulièrement à la rédaction d’ouvrages ou d’articles sur des thèmes tels que l’internet, la mobilité, les technologies « omniprésentes », les villes de demain, l’identité ou encore la confiance. Sa dernière parution intitulée Informatique, libertés, identité, aux éditions FYP date de 2010. »

Charlene F.