Silk Road 2.0 : le marché virtuel de la drogue refait surface

Silk Road

Mercredi 6 novembre, « Silk Road 2.0 » est mis en ligne un mois après le démantèlement de la première version. Mais le FBI ne serait-il pas pas derrière ce site qu’on surnomme « l’Ebay de la drogue » ?

 

  •  Qu’est-ce que « Silk Road 2.0 » ?

« Silk Road » est lancé en février 2011 par Dread Pirate Roberts. Sur ce site, n’importe qui peut acheter ou vendre des armes, des stupéfiants ou d’autres produits illicites. Pour garantir l’anonymat des utilisateurs, « l’Ebay de la drogue » exploite le réseau Tor (deep web) et utilise le bitcoin comme monnaie d’échange.

Le FBI connaît cette plateforme depuis février 2011, mais il aura fallu attendre le 2 octobre 2013 pour que ce site soit fermé et son administrateur présumé arrêté. Il s’appelle Ross Ulbricht, il a 28 ans et d’après l’enquête, Silk Road lui aurait permis d’engranger plus de 80 millions de dollars. Beaucoup plus que les 500 000 euros qu’essaie de récolter sa famille sur un site de fundraising.

Le 6 novembre, une version 2.0 de « Silk Road » est mise en ligne. Se vantant d’être plus sécurisé qu’auparavant, le site affiche la citation suivante en note de bas de page :

Notre communauté rebondit, plus forte que jamais, et n’oubliera jamais que, si le FBI peut saisir des sites, il ne pourra jamais arrêter notre esprit, nos idées, notre passion, sans qu’on le permette. Et on ne le permettra pas.

Coïncidence, cette nouvelle version a été publiée le jour même où Ross Ulbricht apparaissait pour la première fois devant le tribunal de New York. Il est accusé de blanchiment d’argent, vente de substances illicites et d’avoir engagé deux tueurs à gage.

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  •  Ouverture d’une version 2.0 : un échec pour le FBI ?

« Silk Road » ne se limite pas à un seul individu. C’est tout un réseau d’utilisateurs qui continuent à vouloir faire vivre la plate-forme. La version 2.0 étant très proche du « Silk Road » original, il est légitime de se demander si le code source de la page n’a pas été transmis par l’administrateur.

La rapidité de la mise en place du nouveau site prouve aux autorités que cette communauté se voit comme inarrêtable. Le « web profond » permet aux vendeurs de continuer à utiliser ces services toujours aussi illicites. Il offre en effet l’opportunité d’être dans une zone de non droit totale.

L’échec des autorités américaines est néanmoins relatif. Ce sont en effet plus de 3,6 millions de dollars qui ont été saisi. En arrêtant l’administrateur présumé de Silk Road, les webmasters ont dû changé, ouvrant la possibilité à des membres du FBI de s’infiltrer.

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  • Le FBI peut-il être derrière « Silk Road 2.0 » ?

La première personne à révéler publiquement l’existence de « Silk Road 2.0 » est la journaliste Eileen Ormsby. Sur son blog All Things Vice, elle s’interroge si cette nouvelle version n’est pas un « pot de miel » pour attraper les dealers et les marchands d’arme. Légalement possible aux Etats-Unis, créer un faux service est en effet une méthode courante.

Cependant, il est difficile d’imaginer le FBI proposant de la drogue, des armes, des tueurs à gages… S’ils facilitent cela, alors les autorités enfreignent leurs propres règles. Par ailleurs, le Comité sénatoriale permanent pour la sécurité nationale a avoué que les autorités avaient toujours « un train de retard ». La présence revendiquée d’anciens importants utilisateurs dans « Silk Road 2.0 » le montre bien.

Morale de l’histoire : « la route de la soie » n’a pas fini de faire parler d’elle. Un film consacré au site est d’ailleurs en préparation (avec Dennis Lehane au scénario)…

Sources : Les Inrocks, Libération, Le Mouv’, Atlantico, MétroMotherboard