Silk Road, la route de la soie virtuelle

the-silk-road-gloire-et-decheance-du-supermarche-de-la-drogue,M129303Silk Road est mort, vive Silk Road ! titrait Le Nouvel Observateur début novembre. Connu comme  le plus grand marché noir virtuel de drogue, Silk Road a été fermé le 2 octobre 2013 par les autorités américaines et son créateur arrêté. Seulement voilà, le site vient de rouvrir ses portes il y a quelques jours, apparemment plus sécurisé et anonyme que jamais.

Silk Road, qu’est ce que c’est ?

Pour faire simple Silk Road est un site dédié au commerce de biens et de services illégaux dont notamment un nombre hallucinant de produits stupéfiants qu’il est possible de commander et de recevoir chez soit comme n’importe quel colis.
Repris en 2011 par Dread Pirate Roberts, de son vrai nom Ross Ulbricht, ce dernier n’est pas son créateur, comme le disent de nombreux médias. Il réfute d’ailleurs cette rumeur dans une interview pour le magazine Forbes :

« What inspired you to start the Silk Road. Not just philosophically, (that’s covered in lots of your posts on the Silk Road forums) but where did the idea come from?
DPR: I didn’t start the Silk Road, my predecessor did. From what I understand, it was an original idea to combine Bitcoin and Tor to create an anonymous market. Everything was in place, he just put the pieces together. »

L’anonymat, atout majeur de Silk Road

Bien que la présence d’un marché noir n’ait rien d’étonnant sur le net, c’est son mode de fonctionnement basé sur l’anonymat qui a construit et assuré sa réputation sur la toile.
Dissimulé dans les tréfonds du Deep web, les 75% du web non indexé par les moteurs de recherches , l’accès au site est uniquement possible via des réseaux spécifiques tel que TOR. Un réseau décentralisé permettant un accès à une partie du Deep Web. En gros, impossible d’accéder au site via le World Wide Web, la partie visible et accessible par tous de la toile.
Après quelques manipulations moins compliquées qu’elles ne peuvent paraître, il est assez simple de se connecter au réseau TOR, qui vous fournit entre autre une adresse IP factice garantissant un certain niveau d’anonymat. Reste encore à trouver l’adresse exacte du site, loin d’être virale, et vous voilà sur le plus grand marché noir de la toile.

Des sites comme Silk Road existent depuis longtemps sur le web, on pensera notamment à The farmer’s market, fermé en 2012 ou encore à The black market. Mais la grande particularité de Silk Road est qu’il est le premier à utiliser exclusivement le Bitcoin pour assurer les transactions des utilisateurs. Entièrement indépendante du système bancaire international et non nominative, cette monnaie virtuelle garantit un certain niveau d’anonymat en terme d’échanges financier, reste encore à l’utilisateur de personnaliser le bitcoin pour masquer du mieux possible son identité.

Un succès immédiat sur la toile

Véritable réussite ‘commerciale’, le site est devenu en moins d’un an la principale plate-forme de trafic sur le web. Il génère  environ 1,2 millions de dollars par mois soit une commission mensuelle de 92 000 dollars pour le site selon une étude réalisée par Nicolas Christin professeur à l’université Carnegie Mellon. Une goutte d’eau dans le trafic international qui génère plusieurs milliards de dollars chaque année, mais une véritable révolution pour le trafic sur la toile.

Enquête et arrestation par le FBI

Du fait de son ampleur, le site est rapidement devenu une sérieuse menace pour la crédibilité de la guerre contre la drogue. En 2012, le sénateur américain Chuck Schummer et le FBI déclare la guerre à la route de la soie, qualifiant le site de « tentative la plus effrontée que nous ayons jamais vue de vendre des drogues sur internet ».
Après deux ans d’enquête, le FBI termine par mettre la main sur Dread Pirate Roberts et découvre sa véritable identité, ce jeune inconscient ayant utilisé son vrai nom dans son adresse e-mail et laissé plusieurs indices sur les réseaux sociaux. Le FBI saisi le site  et arrête Ross William Ulbricht,  le 3 octobre 2013,   qui doit répondre à plusieurs chefs d’accusation. Les principaux : blanchiment d’argent, trafic de stupéfiants et double tentative de meurtre (bien qu’il ne sera sûrement pas inculpé pour ce dernier, faute de preuves). Ce dernier a commandité deux assassinats sur le deep web auprès de tueurs à gage offrants leurs services sur un site dédié. Les deux personnes qui a voulu assassiner menaçaient de dévoiler son identité et celle de certains utilisateurs après un litige concernant un non paiement. Malheureusement pour lui un des tueurs était en réalité un agent du FBI infiltré dans le deep web et chargé d’enquête sur Silk Road.

Premier touché par la fermeture du site, le bitcoin à perdu 15% de sa valeur, ce dernier étant utilisé massivement sur Silk Road. Sa valeur est passée de 145 dollars à 126 dollars l’unité. En terme d’image par contre, cette fermeture était une aubaine pour la monnaie virtuelle, le trafic de drogue lui collant une image très négative.
Mais que les addict  se rassurent, une nouvelle version du site vient de voir le jour le 6 novembre 2013, un mois après sa fermeture par le FBI. Aubaine pour les cyber-traficants ou appât des autorités ?
Pour le moment la version 2.0 semble fonctionnelle et suscite tout autant d’engouement que son prédécesseur.

Wilfried Devillers