Les infographies interactives : le nouveau storytelling visuel

capture d'écran de l'infographie interactive du Hufftington Post

Adieu diagramme en bâtons, camembert et graphique à points. Aujourd’hui, ces vieux systèmes de représentation sont devenus obsolètes. Place aux nouvelles infographies interactives, celles sur lesquelles ont peut cliquer pour accéder aux données que l’on souhaite, celle qui sont à la fois esthétiques et informatives, celles qui permettent en un seul coup d’œil de comprendre l’information principale du document. Très à la mode depuis plusieurs années, ces infographies 2.0 accentuent la croyance dans la « vérité des données » qui fait consensus au sein de la société. Un tableau de chiffre ne peut pas mentir. Et les nouvelles interfaces semblent encore plus transparentes, plus objectives, plus véridiques. Mais le sont-elles vraiment ?

Quelques définitions pour commencer : une infographie est une représentation visuelle d’informations, de données ou d’idées à travers des images. Utilisées depuis très longtemps par les statisticiens, les infographies permettent de condenser un ensemble de données sous un format plus digeste pour le lecteur. Reléguées en annexe d’un article par le passé, les infographies ont aujourd’hui le vent en poupe et apparaissent au premier plan. La raison de ce changement : un renouveau du format des infographies qui sont devenues interactives et esthétiques.

Des raccourcis visuels immédiatement perçus

Chaque détail d’une carte ou d’un schéma est aujourd’hui soigneusement pensé par son créateur. En effet, dans les infographies modernes, les éléments présents (les pictogrammes, les couleurs, etc) ont tous une valeur symbolique précise qui doit permettre une compréhension rapide de l’infographie. Pour ce faire, on va utiliser la mécanique du signe : on va emprunter des objets du réel pour créer des raccourcis visuels pour le lecteur qui fera rapidement l’analogie et déchiffrera facilement les données. Si on créé un diagramme sur le pourcentage de la population en possession d’un smartphone en France par exemple, on ne représentera plus le résultat sous forme de diagramme à point, on utilisera un pictogramme d’humain. Si on publie une carte sur le niveau de pollution par région, on choisira des couleurs allant du vert (pour les moins polluantes, les plus écologiques), au marron foncé. A travers ces nouvelles règles, les infographies sont devenues plus visuelles et donc plus attractives pour le public.

Pouvoir apparent de décision

Une autre caractéristique qui a bouleversé la vision que nous avons des infographies est son interactivité. Enrichie d’hyperliens et d’éléments annexés, on peut aujourd’hui naviguer au sein d’une carte ou d’un diagramme. Les images sont devenues accessibles et manipulables ; de spectateur, le lecteur est devenu acteur. Ce changement de rôle donne l’impression d’une transparence du dispositif : c’est le lecteur qui décode à sa guise les données brutes présentées dans l’infographie et qui possède donc le pouvoir de décision sur le contenu affiché. Mais ce soit-disant pouvoir est une illusion : le lecteur agit, mais il le fait en suivant des chemins déjà tracés. En fait, les modifications qu’il apporte ne sont qu’aspectuelles. De plus, les données présentées dans l’infographie ne sont pas brutes, puisqu’elles résultent d’un choix subjectif.

Globalement, les infographies 2.0 ne sont pas neutres, elles permettent de transmettre un message précis sous forme visuelle. De part leur aspect très esthétique et très ludique, ces nouvelles interfaces graphiques permettent de condenser le trop plein d’information en une seule image plus directe et plus simple. Cette dernière étant facilement déchiffrées, elle est plus sécurisante et aisément mémorisable. C’est là toute la force de ce nouveau storytelling visuel.

– Tatiana Geiselmann