Des sportifs suivis à la trace

Depuis deux ans, le sport collectif de haut niveau est marqué par l’apparition de nouvelles technologies destinées à améliorer les performances des joueurs. Des outils révolutionnaires dans un secteur en recherche constante d’innovation.

Un boitier léger, qui ne nuit pas au déroulement du jeu

Un boitier léger, qui ne nuit pas au déroulement du jeu

 

Au cœur de l’été 2013, le Paris St Germain reçoit le Real Madrid pour un match amical. Deux équipes prestigieuses sur le papier mais une rencontre loin d’être inoubliable au final. Une photo fait néanmoins parler d’elle dès le lendemain : on y voit Zlatan Ibrahimovic sans maillot, ni short, sur la pelouse du Parc des Princes. La star du PSG porte une brassière noire, à la manière d’une footballeuse féminine (photo).

En voie d’implantation dans le football

Les interrogations tournent court rapidement. Il s’agit en fait d’un outil permettant de mesurer les performances du joueur. Pour la modique somme de 2.000 euros par tête, cette brassière intelligente munie d’un système GPS (Global Positioning System) mesure les déplacements et collecte une multitude de statistiques nécessaires à l’étude du comportement physique des joueurs. Rythme cardiaque, kilomètres accumulés et vitesse moyenne. Tous les détails sont scrutés à la loupe par le staff technique.

Pour l’instant, ces sous-vêtements mis au point par l’équipementier GPS Sport sont utilisés uniquement pour les entrainements. En Europe, plusieurs équipes majeures l’utilise : Chelsea, Liverpool, Barcelone, le Real Madrid, le Milan AC, la Juventus ou encore l’Ajax Amsterdam.

Le rugby précurseur

Et cette technologie ne se limite pas au football. Dans le rugby, la préparation physique des joueurs occupe une place de premier ordre. A l’instar du football américain. Pas étonnant donc que ces deux sports fassent figure de précurseurs en matière de suivi personnalisé par boitiers GPS.

D’abord limitée aux entraînements, cette technologie a été autorisée en match dès 2010 par l’International Rugby Board (IRB). A titre d’exemple, l’équipe de France a utilisé ces gadgets pour la première fois en février 2014 à l’occasion d’un match du Tournoi des 6 nations contre l’Angleterre.

Leur fonctionnement repose sur le même principe que celui des brassières dans le foot. Des capteurs envoient vers un ordinateur des informations en temps réelles grâce à une dizaine de satellites placés en orbite. Ce petit boitier installé sous la nuque des intéressés analyse les performances individuelles et collectives, montre l’état de fatigue des joueurs, leurs déplacements, dans le but de mieux gérer les efforts. La position et la vitesse du joueur sont calculées à 30 centimètres près.

Des sportifs parfaits ?

Dans un article sur le sujet, Yannick Cochennec du site Slate prophétise : « Dans le futur, il sera tout à fait possible de prévenir les blessures d’un joueur si l’on observe, par exemple, grâce au GPS, que ses courses ne sont pas totalement équilibrées en raison de la survenue du début d’un problème physique ». Rien n’est laissé au hasard : le rêve des entraineurs et des préparateurs physiques devient réalité.

A terme, c’est tout le suspense et la dramaturgie d’une rencontre sportive qui sont remis en question. Ce qui ne semblait être qu’une simple utopie rétro-futuriste finit par devenir envisageable. Imaginez des entraineurs coachant leurs équipes devant un écran comme dans un jeu vidéo. Des émotions et des affinités sacrifiés sur l’autel de la performance et du résultat. Des joueurs programmés pour réussir dès leur naissance.

Un scénario identique à celui de la bande dessinée Hors-Jeu, dans laquelle Enki Bilal et Patrick Cauvin imaginaient déjà en 1987 un football sous le règne de l’argent et de la violence, complétement déshumanisé par la technologie. De la pure science-fiction, certes. Mais jusqu’à quand ?

Simon Marachian

A LIRE : Hors-Jeu, BD écrite par Patrick Cauvin et dessinée par Enki Bilal, éditée en 1987 par les Humanoïdes Associés.