Snapchat Discover : un succès éphémère ?

Chaque icône représente un média, dans un souci de mise en forme attractive.

Chaque icône représente un média, dans un souci de mise en forme attractive.

Snapchat, cette application mobile qui permet d’envoyer des photos ou vidéos éphémères à ses amis, a lancé en janvier Discover. Une plate-forme réunissant des médias, qui publie chaque jour des vidéos et des articles disponibles pendant 24 heures. Le but : faire en sorte que les jeunes s’intéressent aux infos. Un pari pour l’instant réussi, mais pour combien de temps ?

Le succès de Snapchat n’est plus à prouver. Avec ses 700 millions de photos et vidéos envoyés chaque jour, le petit fantôme a conquis aujourd’hui quelque 100 millions d’utilisateurs. Et parmi eux, 71 % ont moins 25 ans. Alors, début 2015 quand Snapchat lance Discover, l’application table tout sur la mise en forme de l’info. Discover réunit au total 15 médias (CNN, Cosmopolitan, Buzzfeed, People, MTV…), tous américains, à l’exception du journal britannique le Daily Mail. Chaque média publie chaque jour entre 10 et 20 contenus (articles et/ou vidéos). Et pour cela, Snapchat a même embauché des équipes spécialisées. Quatre personnes pour le CNN, et pas moins de 10 personnes pour Refinery29. Le défi pour les journalistes : s’adapter à la vidéo verticale et jouer sur le graphisme et l’animation.

Une mise en page attractive

Et, ça marche. L’application Discover est on-ne-peut-plus attrative et simple d’utilisation. Quand le « snapchatteur » se trouve sur sa page « Stories », il n’a plus qu’à faire défiler les petits icônes en haut de sa page pour choisir le média qu’il souhaite consulter. Autre possibilité : faire défiler la page « Stories » vers la gauche pour se rendre sur la page « Discover ». Des icônes de couleurs vives apparaissent, un par média (voir la capture d’écran ci-dessus). Sur ces icônes ne figurent que le nom du média. Et, quand toutes les infos d’un média ont été consultées par l’utilisateur, le fond de l’icône devient blanc. Une façon de ne pas revenir inutilement sur un média déjà consulté. Une fois sur le support d’infos, l’utilisateur voit apparaître une mini-vidéo de 10 secondes, accompagnée d’un titre et parfois de quelques explications sur l’article ou la vidéo qui suit. Le tout, sur fond de musique. Si le « snapchatteur » veut lire l’article ou voir la vidéo, il n’a qu’à faire glisser la page vers le haut.

L’enjeu pour les médias est de savoir traiter d’infos sérieuses tout en donnant envie d’être lu. La présentation des articles et les mots utilisés est donc déterminante. Le 7 décembre, le Daily Mail proposait un article sur l’attaque au couteau dans le métro londonien s’étant déroulé deux jours avant. Un titre choc « Terror hits London » (en français, « La terreur frappe Londres » et la vidéo de l’agresseur qui s’active automatiquement.

La capture d'écran de gauche montre à quel point le site mise sur le sensationnalisme pour provoquer le clic. A droite, l'article qui lui est rattaché.

La capture d’écran de gauche montre à quel point le site mise sur le sensationnalisme pour provoquer le clic. A droite, l’article qui lui est rattaché.

Difficile d’obtenir des données chiffrées, mais Peter Hamby le clame haut et fort : « Discover est un énorme succès », selon Politico.com. Cet ancien journaliste politique de CNN a d’ailleurs quitté sa rédaction pour travailler pour Discover. Chaque mois, les sujets diffusés via cette application sont vus par 60 millions de personnes. Une réussite qui donne même envie à des médias français de rejoindre l’aventure. « […] Le Monde, Le Parisien et BFMTV sont très intéressés », selon le blog « WIP ».

Le défi du petit fantôme est aujourd’hui de pérenniser ce succès, les jeunes étant un public difficile à garder. Avec l’entrée des médias sur Snapchat, ils pourraient y voir une insertion des adultes dans leur sphère privée et une perte de la dimension de partage avec autrui, à l’origine de la réussite de l’application. Snapchat l’a d’ailleurs compris, puisqu’il est maintenant possible de partager les articles de Discover en restant le doigt appuyer sur l’application. Mais, contrairement aux « Stories », ces compilations de snaps visibles pendant 24 heures pour les « snapchatteurs » abonnés, les médias sur Discover sont visibles pour tous ! Certes, il suffit de ne pas les ouvrir pour ne pas les voir, mais les jeunes pourraient bien avoir l’impression qu’on leur force la main. Bref, à trop vouloir dénaturer sa fonction première, Snapchat risque bien un jour d’y laisser sa peau.