Soundcloud, fin de party

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Un message de plus en plus récurrent pour les utilisateurs de Soundcloud

Si vous êtes dj, hébergeur de radio, directeur de label, bloggeur culture ou simplement mélomane, il y a de fortes chances qu’en ouvrant votre ordinateur aux côtés de votre boite mail, le Monde et vos réseaux sociaux préférés se trouve la page d’accueil du site Soundcloud. Pourtant ce petit îlot de paradis libertaire entame sa mue en une énième plateforme de streaming sous le joug des majors.

L’art du rétropédalage 

Pour la majorité des utilisateurs, Soundcloud reste une plateforme de streaming un peu plus indé que les autres, sans pub, gratuite et assez fournie quand on est à la recherche de pépites cachées, un vrai petit coin de paradis préservé des abonnements aux tarifs ahurissants et de la voix terrifiante de Chevalier et Laspallès. Pour ceux qui se servent du site dans une démarche de promotion, professionnelle ou les amateurs d’Ableton qui s’exercent de temps à autres à la création de mixes, c’est un abonnement Pro au tarif raisonnable, une quasi liberté d’utilisation des titres et l’assurance de ne pas être relégué tout en bas du catalogue derrière les sorties de majors dans la présentation à l’internaute. Enfin depuis quelques temps, un vent nouveau souffle sur Soundcloud et commence à transparaître jusque dans son aspect. Tout a commencé en mai dernier, Soundcloud annonçait la fin de son partenariat avec 8Tracks (site permettant aux utilisateurs d’agréger des morceaux présents sur leur site afin d’en faire des playlists de 8 titres minimum) et donnait trois mois aux internautes pour remplacer les titres provenant de leur service par d’autres, peu importe comment ils étaient obtenus, sous peine de voir leur sélection mise hors-ligne. Pour accompagner cette première action coup de poing de la part d’un média qui avait toujours eu tendance à être plutôt laxiste dans sa politique de partage, un communiqué temporaire en page d’accueil du site annonce leur nouvelle croisade: le respect des droits d’auteur. Une mesure qui fait sens quand on apprend que l’entreprise a signé avec la Warner un premier accord sur le versement de royalties à ses artistes contre une présence tolérée sur le site.

La faute aux algorithmes

Pour combattre ce fléau la solution était toute trouvée: la mise en place d’un algorithme censé détecter et neutraliser toute utilisation d’un morceau autre que celle faite par son auteur. Mais pas seulement, la plateforme berlinoise traque n’importe quel mix utilisant un titre, un sample sans licence d’exploitation ou bootleg qui aurait une ressemblance avec un titre original. La politique est drastique mais pour que les investisseurs restent, il faut être respectable. Plus question de partager à tout va et d’autoriser les free download pour tous. Le bouton partager n’apparaît plus forcément en dessous de tous les morceaux mais pas seulement, le choix des plateformes sur lesquelles il est possible de partager peut lui-aussi être restreint. Plus l’artiste est important, plus le partage est encadré, quitte à tomber dans l’absurde. Quand Miley Cyrus sort un album surprise gratuit sur son site officiel, ces mêmes morceaux ne sont ni partageables, ni téléchargeables sur la plateforme allemande… L’égalitarisme passe également à la trappe puisque désormais le nombre de « coup de coeur » recueilli par un morceau s’affiche sans pudeur là ou un simple coeur faisait office d’approbation, la course aux likes à fait son apparition. L’application revendique d’ailleurs un accès privilégié à « more trending tracks« , comme si la politique de Soundcloud était compatible avec l’écoute de titres présents sur toutes les autres plateformes officielles et occupant le haut des charts.

Pour la bonne cause

Il faut rendre du crédit au créateur et respecter plus le statut de l’artiste, celui de la propriété intellectuelle. Voilà grosso modo la politique que se targue de défendre Soundcloud pour justifier ces mesures quelque peu autoritaires. Alors le nom de l’artiste apparaitra en plus gros, l’image aussi verra ses dimensions augmentées et, comme le son, soumise à des conditions de partage rigoureuses. Plus question non plus de voir les posts des artistes avec leur simple nom, celui-ci est désormais inévitablement accompagné de son logo ou celui de son label. Pas de nom sans image, pas d’image sans son et pas de son sans droits. Dans cette logique tout aussi mécanique que leur algorithme, les créateurs de la plateforme, mettent quasi-systématiquement à l’amende les mix des DJ dont la nature même est de compiler les titres des autres. Pour les directeurs de petits labels offrant des unreleased ou des avant-premières, l’algorithme est en terre inconnue et ils se retrouvent fréquemment notifiés de la mise hors-circuit de leurs propres sorties. Enfin le rapport aux mots devient compliqué. Si les titres avec impossibilité de commenter se multiplient, les hashtags eux pullulent. Sous quinze formes différentes, vous êtes priés d’identifier votre morceau, son genre, l’artiste, le label, l’année, l’album dont il est tiré… jusqu’à l’overdose.

Ce qui est dommage c’est qu’avec Soundcloud le streaming n’était pas un second choix après le téléchargement. Vous n’aviez ni la pression des contenus sponsorisés, ni l’obligation de paiement ou la limitation dans le temps d’écoute, pas d’intermédiaire entre l’artiste et vous et en plus c’était idéal pour la découverte. Tout ça est encore valable pour parler de Soundcloud, il reste le meilleur site de streaming en ligne aujourd’hui pour les artistes comme pour les internautes mais la pente sur laquelle le service s’est engagée est très glissante et il y a fort à parier qu’aux prochains impératifs de monétisation, la majorité des utilisateurs quitteront le navire et s’organiseront autrement. Pour finir et c’est sans doute le plus grave, quelle humanité dans un internet où on ne trouve plus les éternels « track ID plz?« , « amazing<3 » et autre « yo this is fire bro!!!!! » en dessous des pistes audio?