Autorisation des pseudos sur Facebook: promesse de sécurité rapidement avortée

Capture d'écran Facebook

Capture d’écran Facebook

Et si l’anonymat sur Internet était le meilleur moyen de se protéger ? C’est une idée qui a suscité bien des tumultes mais qui a finalement été acceptée par Facebook. Après plusieurs mois de lutte contre un mouvement citoyen voulant faire autoriser l’utilisation des pseudonymes sur le réseau social, le géant américain s’engage aujourd’hui à lâcher du lest pour les membres qui préféreraient ne pas révéler leur vrai nom, pour des raisons de sécurité. Les personnes concernées devraient donc bénéficier des avantages de Facebook sans être identifiables, sous certaines conditions.

UN MOUVEMENT CITOYEN POUR PLUS DE FLEXIBILITÉ

Depuis sa création en février 2004, Facebook impose aux utilisateurs de fournir leur véritable identité pour créer leur profil personnalisé et utiliser la plateforme. Mais cette politique du « vrai prénom » a très rapidement posé problème aux personnes qui voulaient jouir des opportunités du réseau social sans avoir à révéler leur identité – on parle là, par exemple, des membres de la communauté LGBT qui ne désirent pas que leurs familles en découvrent trop sur leur sexualité en consultant leur profil, ou encore des associations de victimes de violences domestiques ou de professions sensibles. Mais, jusqu’à présent, l’utilisation d’un pseudonyme ou d’un faux nom sur Facebook engendrait une censure immédiate du compte allant parfois jusqu’à la fermeture de celui-ci.

De telles mesures permettent à Facebook de disposer d’une inépuisable base de données personnelles sur tous les membres du réseau social, mais ce système n’est pas sans faille. Cette politique rigoriste a parfois mené la plateforme à supprimer des comptes de personnes ayant des noms sortant de l’ordinaire, mais qui étaient pourtant véritables. Se sentant lésés, les membres du collectif Nameless Coalition (la coalition des sans-nom) ont créé la Campagne #MyNameIs, sur le site de laquelle ils relatent les histoires des personnes ayant vu leur compte Facebook être fermé.

PLUS DE LIBERTÉ MAIS DES RÈGLES QUI SUBSISTENT

Face à cette vague de critiques par rapport à la « politique du vrai nom », le 15 décembre dernier, Facebook a annoncé sur son blog la mise en place de deux dispositifs visant à assouplir les restrictions en termes d’utilisation de pseudonyme sur le réseau social. Mais il est malgré tout difficile pour l’entreprise de passer de la rigueur à l’offre de la liberté la plus totale pour ses utilisateurs. Pour évoluer de façon graduelle, le réseau social a donc décidé d’expérimenter deux mesures aux États-Unis avant de prendre tout décision à échelle mondiale.

Parmi ces deux règles qui constitueront peut-être le futur Facebook, les internautes devront choisir pour pseudonyme un surnom connu de leurs amis afin de ne pas pouvoir tenir des propos illégaux de façon totalement anonyme. Dans son communiqué, Facebook a précisé que « quand les gens utilisent le nom sous lequel on les connaît, leurs actions et leurs mots ont plus de poids parce qu’ils peuvent être rendu responsables de ce qu’ils disent. Il s’agit aussi d’empêcher certains de salir la réputation de quelqu’un anonymement, ou d’utiliser un pseudo pour harceler, escroquer ou s’engager dans n’importe quel comportement criminel ». Une mesure compréhensible mais qui remet vivement en cause la promesse d’anonymat faite par Facebook dans son communiqué.

Ce système avancé par Facebook est donc encore peu probant, d’autant plus qu’il est complété par une seconde mesure absolument aberrante : la mise en place d’une « aide spécialisée » pour les cas exceptionnels, par le biais de laquelle le réseau social est en droit de demander au membre des informations sur son orientation sexuelle, ou encore son passé judiciaire. De quoi transformer la vague citoyenne qui s’était formée sur Internet en réel tsunami.