Cartes : La presse en fait voir de toutes les couleurs au FN

Le premier tour des élections régionales le 6 décembre dernier a été l’occasion de constater un certain flou cartographique autour de la couleur à donner aux régions dominées par le Front National. Plusieurs tendances se dégagent pourtant. Toutes porteuses de sens, d’un point de vue sémiologique.

regionales-quelle-couleur-pour-le-fn-sur-les-cartes,M282272

Cartes présentes sur les sites des Echos (à gauche) et du Figaro (à droite)

Jusqu’à présent, la représentation des partis politiques ne souffrait d’aucune contestation de la part des journaux et sites d’infos nationaux. Pour Les Républicains (ex-UMP ou RPR), le bleu était de rigueur. Même cas de figure avec la couleur rose pour le Parti Socialiste. Un choix de couleur évident, à l’instar des écologistes (verts) et du Parti Communiste (rouge). Qui s’explique par l’identité visuelle affirmée de ces organisations politiques. Or depuis 2002 et l’arrivée du Front National sur le devant de la scène politique et médiatique, les cartographes font face à un dilemme. Aucune couleur n’apparait comme évidente pour représenter le parti d’extrême-droite sur une carte ou un graphique.

Du bleu au marron, en passant par le violet

Plus que jamais en vue dans la presse, le data-journalism a introduit la statistique et l’infographie au cœur de l’analyse politique. L’enjeu est donc de taille pour les rédactions. France TV Info privilégie le « Bleu Marine », en référence au slogan des candidats frontistes depuis 2012. Un choix logique qui connote aussi un certain parti-pris sémiologique. La nuance de bleu, plus foncée que celle attribuée d’ordinaire aux Républicains, renvoie davantage à l’extrême-droite.Une position sur l’échiquier politique honnie par Marine Le Pen.

C’est à partir de ce constat que Le Figaro ou Les Echos ont tenté d’innover en proposant des couleurs inhabituelles lors du premier tour des dernières élections régionales (voir photo). Du coté des Echos, les régions dominées par le Front National tirent sur le marron. Une couleur symbolisant la neutralité et, dans une moindre mesure, le dégout et la solitude.Tout le contraire du violet utilisé par le Figaro, synonyme de rêve, de délicatesse, de paix et d’amitié. Comment expliquer ce grand écart sémiologique d’une rédaction à l’autre ? Selon l’agence Idé, qui fournit en cartes et infographies bon nombre de quotidiens régionaux et nationaux parmi lesquels Les Echos, il ne s’agirait que de contraintes purement techniques. Le marron ferait donc figure de choix par défaut comme ces derniers l’expliquent sur le site de Télérama : « Nous ne pouvions pas utiliser le gris, qui signifie en cartographie l’absence de données, ni le bleu, car nous ne voulions pas les ranger dans la droite classique et ses nuances, pas de noir non plus car nous avons des contraintes sur des publications en bichromie noir et blanc, ni en orange (notre couleur pour le centre, notamment le Modem) ou le jaune, que nous réservons aux partis régionalistes, comme en Corse par exemple. Le violet n’offrait pas satisfaction, il “cogne” trop contre le bleu. Ça restreint les couleurs. »