Robots journalistes : la mort d’une profession ?

Depuis plus d’un an, des algorithmes appelés robots journalistes pour plus de fantaisie voient le jour aux Etats Unis. Bien que primaires, ces algorithmes sont aujourd’hui capables d’écrire des articles factuels en analysant une base de donné.

C’est le Los Angeles Times qui a ouvert le pas en mars 2014 en publiant le compte rendu d’un séisme entièrement rédigé par un de ces « robots ». La firme Automated Insights a lancé en novembre un algorithme gratuit utilisé par plusieurs journaux pour commenter les résultats sportifs et même les fluctuations de la bourse.

Ces articles ne sont pour l’instant qu’une simple traduction d’informations brutes avec un vocabulaire basique, sans esprit critique. Mais cette avancée technologique préoccupe pourtant de nombreux journalistes puisqu’elle n’en est qu’a ses débuts.

robotsjournalsites

VERS L’INFINI ET AU DELA

Le secteur est en plein boom, que ce soit dans l’univers des médias ou dans d’autres secteurs comme la grande distribution, les services de sécurités ou même l’arbitrage sportif. Des professeurs d’Oxford ont par exemple publié une enquête en 2013 démontrant que 47% des emplois américains serait menacés par l’automatisation d’ici 20 ans.

Du côté du journalisme, l’idée commence à faire son chemin. La Chine ou même la France utilisent – dans une moindre mesure pour l’instant – cette technologie. Selon Kris Hammond, le directeur du programme Quill qui participe à la création ces « robots », 90% des articles pourraient être produits par des algorithmes d’ici quinze ans.

Les raisons sont simples : l’algorithme est moins cher et plus rapide qu’un homme. Le New York Times a par exemple commandé un article écrit par un de ces algorithmes l’année dernière. Ce papier de 500 mots leur a coûté 10 dollars et a été réalisé en 1 seconde. Difficile de rivaliser.

UN METIER MENACE ?

Pour autant, il n’y a pas de raisons de s’alarmer. L’écriture d’un article critique et analytique nécessite la création d’une intelligence artificielle consciente des codes sociaux. Or nous n’en sommes pour l’instant qu’au stade de la synthétisation avec ces algorithmes. Et même cette tache ne peut être réalisé que partiellement puisqu’elle implique dans certains cas une vrai culture. Lorsque l’Associated Press a confié le résumé de la Genèse à un algorithme, ce dernier n’a pas fait mention du jardin d’Eden. Un épisode certes court dans le texte mais pourtant très important. La encore, la présence humaine est nécessaire, même pour résumer un texte.

Deux problèmes se présentent donc. Premièrement, une telle technologie coûtera probablement très cher. Et au vu de la situation économique actuelle des médias (qui ne va pas en s’améliorant), investir des millions dans une telle machine parait impossible. De plus, lorsqu’elle sera créée et commercialisée, ses premières applications ne concerneront surement pas le monde du journalisme.

Deuxièmement, il parait évident que le côté science-fiction assez amusant lorsqu’on lit un article écrit par un robot va vite disparaître. Si les gens seront intrigués dans un premier temps, la peur et le rejet prendra probablement le relais. Comment faire confiance à un robot dont on ne sait pas qui l’a programmé, avec quels moyens et dans quel but ? Il sera même d’autant plus effrayant de réaliser qu’un robot nous « comprend » et « pense » comme nous. Il est probable que le lecteur ne suive pas.

La majorité de la presse semble donc protégée. Un robot ne pourra jamais partir en reportage, ni faire un travail de photo journalisme ou même trouver les questions justes pour conduire une interview. Dire que le prix Pulitzer sera gagné par un robot en 2016 comme l’a fait Kris Hammond est utopique.

Il existe par contre un risque pour les rédacteurs produisant du contenu factuel comme les dépêches judiciaires, la météo ou les résultats sportifs. Les taches « ingrates » en quelque sorte.

Le métier de journalisme ne va pas disparaître, il va se transformer. Un point de vue que partage le rédacteur en chef du Chicago Tribune, plutôt favorable à la démarche. Selon lui, cette technologie va « permettra aux journalistes de passer plus de temps sur ce qui compte vraiment, le journalisme d’investigation. »

Cette avancée pourrait donc s’avérée bénéfique pour la profession et le lecteur. Des moyens supplémentaires seraient alloués aux reportages de terrains sur le long terme et les journalistes pourraient passer plus de temps à étudier un sujet sans avoir à écrire à côtés des articles qui ne réclament aucune réflexion.

Nathan Chaudet