Twitter : l’oiseau bat des ailes

La rumeur enfle en ce début d’année 2016. Annoncé par son PDG Jack Dorsey, Twitter pourrait mettre fin à la limite si emblématique des 140 caractères. Le site de micro-blogging serait en passe de vivre son plus grand changement depuis sa création en 2006.

Crédit photo : Compte Twitter @support

Crédit photo : Compte Twitter @support

 

Une identité brouillée

Comme stipulé par Twitter, « assurez-vous que votre message contient moins de 140 caractères. » Voilà en quoi s’inscrit la visée du site, du micro-blogging reposant sur de courts messages, brefs et limités : l’essentiel « en temps réel ». L’actualité sur le vif, les scoops constituent les caractéristiques essentielles de Twitter : « c’est comme s’abonner à un journal dont les titres vous intéressent toujours ! » Cette modification pointe à bout portant la fonction phare du site. Augmenter la capacité d’écriture de plus de 70 fois occasionnerait le superflu, le secondaire, pourtant à l’encontre des origines du site. L’utilisation du hashtag ravivée par Twitter permettant de catégoriser, mais plus encore d’abréger, perdrait sa pertinence dans des tweets se confondant avec explications et références propices à être plus nombreuses. Considéré comme le média le plus réactif, l’ajout de caractères irait à l’encontre de sa vivacité incomparable dans le monde des médias sociaux. Twitter ne reviendrait plus à s’abonner, à première vue selon le titre, mais selon l’article ? Même si l’affichage prévoit de faire apparaître uniquement les 140 premiers caractères, la possibilité de déplier les tweets dans leur version intégrale risque de nuire à l’identité du site si farouchement revendiquée dès ses débuts sur la toile.

Vers une écriture romanesque ?

L’interface simpliste du site est d’autant plus simplifiée dans sa lecture qui nécessite une initiation afin d’en comprendre la symbolique. Un tweet classique laisse apparaitre les 140 caractères accompagné de nombreux icônes symbolisant le retweet, le favori, la réponse, de même façon que les hashtags qui contraignent les nouveaux utilisateurs à une initiation préliminaire. Les 10 000 caractères que nous promettrait Twitter exposent les utilisateurs à une élaboration poussée de leurs tweets in fine dénués de leur touche de spontanéité. Il pose toutefois un paradoxe sur l’information – de toute nature qu’elle soit – écrite sur le vif, face à l’obligation de réflexion synthétique due à la limite de caractères. C’est en cela que s’inscrivent l’originalité et la dynamique du site qui reposent sur de courts énoncés non dénués de considération. « Que se passe-t-il ? » nous interroge Twitter. Maintenir le contact en indiquant ce que l’on fait sur le moment, commenter en live, interagir sur le quotidien, dénoncer l’anecdotique, la fonction phatique (Roman Jakobson, 1963) et ses mondanités sont là particulièrement encouragés. Mais repousser la limite de caractères c’est donner lieu à des élans d’écriture à des non-écrivains.

Curieuse volonté que celle de réécrire si ce n’est le commandement le plus fondamental du site. Oui, toucher à la sacro-sainte limite des 140, c’est altérer l’âme de Twitter.

Toutes les citations sont tirées des différents sites affiliés à la marque Twitter.