Mark Zuckerberg contraint d’investir encore plus dans la lutte contre les fake news

Mercredi 1er novembre, Facebook affiche des résultats trimestriels en nette progression avec 5 milliards de dollars de bénéfices et 16% d’utilisateurs en plus au 3ème trimestre. Mais en réponse à l’ingérence russe dans les élections présidentielles américaines, Facebook promet des investissements massifs dans la lutte contre la désinformation, au risque d’affaiblir sa rentabilité.

«Nous sommes très sérieux quant (aux mesures à prendre) pour empêcher les usages abusifs de nos plateformes. Nous investissons tellement dans la sécurité que cela aura un effet sur notre rentabilité. Protéger notre communauté est plus important que de faire bondir nos bénéfices» a rappelé Mark Zuckerberg dans le communiqué accompagnant la publication des résultats. Car même si le chiffre d’affaire se porte bien, les dépenses elles aussi ont augmenté de 34% atteignant 5.2 milliards de dollars au troisième trimestre. Dave Wehner, directeur financier du groupe prévoit même une hausse de 45 à 60% des dépenses par rapport à 2017, notamment pour permettre d’embaucher 2500 personnes de plus en charge de la lutte contre les informations douteuses.

Au début de l’année 2017, Zuckerberg avait déjà signé des contrats avec diverses organisations pour combattre les fake news. PolitiFact, Snopes, ABC News, factcheck.org et l’Associated Press sont mobilisés pour aider la compagnie à enrichir son algorithme et améliorer son travail de vérification. Il emploie à ce jour plus de 23000 personnes spécialisées dans le « fact-checking ». C’est 47% de personnes de plus que l’an dernier. Facebook a même promis de doubler le nombre d’employés destinés à vérifier l’information.

 Les géants du net dans le collimateur de la justice américaine

Mardi 31 octobre et Mercredi 1er novembre, le Congrès américain a convoqué Facebook, Google et Twitter pour mettre en cause leur rôle dans l’ingérence russe au sein des élections présidentielles américaines. Le Sénat et la Chambre des représentants affirment que les réseaux sociaux ont facilité la diffusion de la propagande orchestrée par la Russie. Washington a promis de déployer un arsenal législatif afin de contraindre les géants du net de développer les moyens nécessaires pour limiter la propagation de contenus publicitaires pilotés par un État dans le but de créer la dissension.

« C’est vous qui avez créé ces plateformes qui ont été détournées. C’est à vous d’agir sinon nous agirons », a affirmé Dianne Feinstein, sénatrice démocrate de la Californie. « J’ai longtemps été très fière de représenter la Silicon Valley. Mais franchement vous n’avez pas compris. Ce dont on parle ici est un changement cataclysmique. On parle de cyberguerre ». Étant donné que les sociétés qui fabriquent ces fake news ne sont pas juridiquement responsables pour les contenus qu’elles publient, la justice américaine se tourne vers les multinationales pour réguler eux-mêmes les flux informationnels. De même, la transparence sur l’origine des financements de ces publicités indésirables est mise en cause. La priorité est donc mise sur la régulation de ce type de contenus qui essaiment les réseaux et créent le chaos au sein même de l’espace public.

L’astroturfing : un impact sociétal de taille et à coût moindre

« J’ai déjà dit à quel point la façon dont les Russes ont tenté de se servir de nos outils pour semer de la dissension (dans la société américaine) me met en colère (…). Ce qu’ils ont fait était mal et nous n’allons pas en rester là », a insisté Mark Zuckerberg.

Au total, 126 millions d’américains ont été exposés à des fake news postés par des acteurs étrangers sur Facebook. Début octobre, la compagnie avait déjà admis que près de 10 millions d’électeurs américains avaient visionné des publicités sponsorisées par l’agence russe « Internet Research Agency ». Cette usine à trolls professionnels s’est servie des techniques légales dites d’astroturfing pour rendre visible leurs fausses informations grâce au ciblage publicitaire.

Ce système de « fake ads » s’est avéré performant pour désinformer, semer le désordre sur les réseaux et à terme, favoriser Donald Trump face à Hillary Clinton. Un grain disruptif dans une mare d’intox et à coût moindre. Selon Facebook, l’agence russe a seulement déboursé 46000 dollars pour son projet. En comparaison, Donald Trump et Hillary Clinton quant à eux, ont dépensé 81 millions de dollars pour leur campagne.

Transparence publicitaire, Facebook prend les devants

 En ce qui concerne les « fake ads », un projet de loi dit « Honest Ads Act » a été présenté devant le Congrès jeudi 19 octobre pour une transparence totale des publicités sur les médias sociaux. Les plateformes en ligne devront « faire des efforts raisonnables pour s’assurer que des personnes ou des entités étrangères ne puissent acheter de publicités ou de messages à caractère politique qui puissent influencer les électeurs américains. ». Si les géants de la tech ne se sont pas opposés au projet, ils ne l’ont pas pour autant soutenu.

Facebook a préféré prendre les devants. Une mise à jour du système publicitaire a été annoncée le 27 octobre dernier par Rob Goldman, Vice-président en charge de ces problématiques à Facebook. Les premiers tests sont prévus au Canada avec notamment un onglet « View Ads » pour permettre de consulter toutes les publicités qu’une page Facebook relaye. Les annonceurs politiques seront aussi tenus de vérifier leur identité, leur localisation et de préciser si la publicité est liée aux élections.

Mark Zuckerberg tente de devancer le durcissement législatif en cours pour préserver sa marge de manœuvre et ainsi protéger au mieux son modèle économique. Le géant infomédiaire souhaite à tout prix conserver son statut d’hébergeur et éviter les règles de régulation imposées aux médias traditionnels.