Le « swipe » de La Matinale

En 2015 le journal Le Mode a lancé sa nouvelle application mobile intitulée « La Matinale »,  soit la troisième application mobile du quotidien national. Quelques mois à peine après son lancement, elle enregistrait déjà 300,000 téléchargements. Comment expliquer ce succès? La principale innovation de cette application réside dans son design et dans son principe de fonctionnement. Quels impacts sur les modes de consommation et sur les usages vis-à-vis de l’information?

Écran d’accueil de La Matinale – Capture d’écran

En 2015 le journal Le Mode a lancé sa nouvelle application mobile intitulée « La Matinale »,  soit la troisième application mobile du quotidien national. En effet, ce dernier avait déjà lancé son application « Journal Le Monde »,suivie peu après de  « Le Monde, l’info en continu ». Alors que la première a été créée pour permettre aux utilisateurs de retrouver sur mobile les mêmes contenus du journal papier ainsi que des suppléments hebdomadaires et mensuels, la deuxième leur donne un accès plus « direct » à l’information. Cette deuxième leur permet en effet de rester branchés aux fil d’actualités tout au long de la journée en leur proposant des lives informationnels ou encore en leur envoyant des notifications dès qu’une nouvelle information est publiée par le journal. Ainsi, là où la première propose simplement une version numérisée et mobile de ses publications papier, la deuxième offre aux mobinautes la possibilité d’être immergés, en continu, dans le fil des actualités et dans une dynamique d’immédiatété de l’information.

La Matinale est donc venue s’ajouter à l’ensemble de l’offre pour mobile du quotidien. Depuis 2015, l’application rencontre un succès important puisque, quelques mois après son lancement, elle enregistrait déjà 300,000 téléchargements. L’idée derrière la Matinale est donc d’offrir à l’utilisateur non plus un large ensemble d’informations et d’actualités « brutes » mais un ensemble bien précis de contenus informationnels qui aurait été sélectionné par la rédaction du journal. Ainsi, chaque matinée, dès 7 heures, l’utilisateur peut avoir accès à une sélection d’entre 20 et 25 articles dont des enquêtes, des portraits, des éditos ou encore de la bande-dessinée et des vidéos.

Capture d’écran du site de La Matinale – Source

Néanmoins, la principale innovation de cette application réside non pas dans son contenu mais plutôt dans son design et dans son principe de fonctionnement. Lors que l’utilisateur ouvre l’application sur son appareil mobile, l’édition du jour, après quelques instants de chargement, lui est présentée sous la forme d’un paquet de cartes empilées les unes sur les autres. L’application propose ainsi à l’utilisateur de scanner l’information de manière rapide et ensuite de sélectionner les articles qui l’intéressent afin de les lire tout de suite ou bien de les garder pour les lire à un moment ultérieur, même sans connexion. Pour faire sa sélection, l’utilisateur doit glisser vers la droite les articles qui lui intéressent (l’article sera donc gardé) ou vers la gauche ceux qui ne lui intéressent pas (l’article sera supprimé). Sur chaque carte l’on peut voir un apperçu de l’article: le titre et un châpeau, accompagnés d’une image. Ces informations sont mises en avant pour permettre au lecteur de décider s’il fera un glissement vers la droite ou bien vers la gauche. Si un lecteur est indécis sur un article, il a également l’option de l’ouvrir dans son intégralité pour le survoler afin de decider s’il le garde ou pas, mais il ne peut pas passer aux contenus suivants sans avoir fait le difficile choix de glisser à droite ou à gauche.

En plus de cela, une autre fonctionnalité qui différentie La Matinale de ses prédecesseures est un codage des articles proposés par couleurs. D’après le site lemonde.fr, le but derrière ce codage est de « faciliter la selection quotidienne » des utilisateurs. Ainsi, toujours selon le site du journal, « Les articles sur fond rouge sont des exclusivités, des billets du Monde. Les articles sur fond bleu sont des actualités, hardnews. Les articles sur fond rose sont des articles soft, de contenu magazine. Les articles sur fond violet sont des points de vue, des chroniques et des analyses. »

Certains ont rapidement constaté une similitude frappant entre La Matinale et l’application de rencontres Tinder, qui a été la première à profiter des fonctionnalités touch des smartphone pour inventer le célèbre geste de « glissage », mieux connu comme le « swipe ». Cette fonctionnalité a ainsi été reprise par des nombreuses applications qui l’ont adapté à leurs produits respectifs(http://www.journaldunet.com/ebusiness/internet-mobile/applis-tinder-copie/). Avec le succès de La Matinale, Le Monde semble donc avoir réussi à concilier ce mode de fonctionnement assez dynamique, voire simplificateur, avec une activité telle que la consommation de l’information et des actualités.

Alors que le groupe Le Monde compte déjà les deux applications d’actualités décrites précédemment, l’on peut se questionner sur les raisons derrière leur volonté d’en créer une nouvelle. Selon le directeur du Monde, La Matinale a été conçue afin de permettre au journal de rajeunir son audience: « La Matinale vise des lecteurs jeunes et actifs, demandeurs de contenus de qualité et d’un accès simple, rapide et plaisant à une sélection d’informations ». Avec son design ergnomiaque à usage facile et son fonctionnement dynamique et personnalisable, La Matinale semble donc bien répondre à ce besoin. Néanmoins, l’on peut se demander sur les conséquences que ce nouvel type de proposition pour consommer de l’information, ce nouvel approche à la consommation de l’information a sur les habitudes des publics.

La Matinale – Capture d’écran Personne lisant au café – CC Public Domain – Source

Il est néanmoins intéressant de réfléchir aux impacts que peuvent avoir ce type d’interfaces sur les modes de consommation et sur les usages vis-à-vis de l’information. En proposant un accès à de l’information pré-selectionnée, succinte et rapidement lue et donc consommable, ce genre d’applications semblent concevoir l’acte de s’informer comme une activité à laquelle l’on ne peut plus consacrer un moment précis de notre journée ou de notre semaine.Désormais, on s’informe donc pendant qu’on se déplace en transports en commun, pendant qu’on attend un rendez-vous, pendant qu’on attend qu’un autre événement ou qu’une autre activité commence.

S’informer cesse alors d’ètre une activité à part entière pour devenir plutôt un passe-temps, une activité à réaliser entre deux autres.

2 réflexions au sujet de « Le « swipe » de La Matinale »

  1. Bonjour Gabriela, le mode d’emploi de l’application « La Matinale » rappelle effectivement beaucoup celui de Tinder. C’est intéressant de voir comme on passe d’une version papier où l’on choisit également les articles qui nous intéressent (mais en ayant sous la main l’ensemble des articles) à une application où on choisit les papiers que l’on souhaite lire un à un, toujours à partir des éléments principaux (titre, chapô, photo). C’est une nouvelle manière de penser l’interface lecteur/journaliste.
    Cette application permet d’ailleurs de relayer des articles « frais » dès le matin, au contraire de l’édition papier qui paraît en fin de journée.

    Mais est-ce qu’il ne faut pas voir là une tentative de séduction potentiellement problématique? Comme Gilles Van Kote le dit dans la citation que tu as relevé, le but est clairement d’attirer des lecteurs de la nouvelle génération, ce que tentent de faire la plupart des médias à travers leur stratégie numérique et la course au « digital first ». Mais un média doit-il réellement « séduire » en risquant de se trouver face à un lecteur qui ne lit plus que des choses qui l’intéressent d’après ses caractéristiques principales telles que la photo et le titre? D’ailleurs, l’article dont provient la citation que tu emploies explique clairement qu’à  » terme, l’application mémorisera également les choix des mobinautes pour leur proposer les sujets qui les intéressent le plus ». Ce type de possibilité m’interpelle car il me semble qu’un média doit être source de diversité et doit encourager cette diversité.
    J’aimerais beaucoup savoir si, depuis que l’application a été lancé en mai 2015, sa cible générationnelle prend tout de même le temps de lire des papiers sur des sujets qui l’intéressent moins mais qui sont importants ou si elle ne s’intéresse qu’à ceux qui sont le plus attrayants.
    Le papier n’encourage-t-il pas plus à jeter un oeil rapide à un article que l’on a, de prime abord, ignoré et sur lequel on souhaite finalement revenir? Comme sur Tinder, le « swipe » vers la gauche envoie en effet définitivement l’article en question aux oubliettes.

  2. Hum, n’est-ce pas un moyen de renforcer des modes de hiérarchisation binaires de l’information? Pas convaincu que l’on sorte d’une trumpisation de la mise en scène de l’information avec ce type de pratique.
    L’application est-elle payante?
    (Le paragraphe en italique n’est pas utile)

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