La Russie peut-elle couper l’internet mondial? 

Et si la Russie suspendait la connexion internet des pays occidentaux ? C’est la crainte exprimée début décembre par le chef d’État major des armées britannique, alors que des navires russes ont été repérés près des câbles sous marin de l’océan atlantique. Une actualité qui remet en question les frontières entre monde réel et monde virtuel. 

Navires russes et américains en mer baltique.

Navires russes et américains en mer baltique. Source: page officielle de l’US Navy sur Flickr.

Le mois dernier, Stuart Peach alertait le reste de la communauté occidentale sur les risques que faisait peser la Russie sur « notre économie et notre mode de vie ». Alors que de nombreux navires russes ont été repérés aux abords des câbles de communication sous-marins dans l’Atlantique, le chef d’État major des armées britanniques s’inquiète d’une possible intention de la Russie de sectionner ces câbles. Si cette information retient notre attention, c’est qu’elle montre à quel point monde virtuel et monde réel, loin d’être indépendants, sont profondément mélés.

De l’indépendance illusoire d’internet vis-à-vis du monde physique

À ses débuts, certains ont vu dans internet la promesse d’un nouveau monde, coupé de la réalité empirique, dans lequel tout serait possible. Dans sa déclaration d’indépendance du cyber-espace, John P. Barlow écrivait : « Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas où vivent les corps ». Selon lui, l’immatérialité du cyber-espace suffisait à le soustraire aux règles du monde matériel, et l’extrayait de toute emprise des gouvernements.

Dans son rêve d’indépendance absolue, le poète oubliait que le monde virtuel n’est pas entièrement détaché du monde matériel. Car pour fonctionner, le cyber espace nécessite un support matériel tout ce qu’il y a de plus physique, sur lequel les gouvernements semblent bel et bien avoir un pouvoir.  Déclaration d’indépendance ou non, la Russie est en capacité d’empêcher l’accès au cyber-espace à des milliers d’internaute en s’en prenant à ces câbles. En effet, 97% du réseau de télécommunications mondial passe par les fameux câbles sous l’océan Atlantique (selon un rapport du think-tank Policy Exchange).

Quand virtuel et réel se confondent 

L’expression de « cyber-guerre » est bien la preuve que, si le monde réel peut affecter le monde virtuel, l’inverse aussi est vrai. Les affrontements entre états à travers le cyber-espace ne se justifient que parce qu’ils ont des répercussions concrètes. Si la menace pesant sur les câbles sous-marin inquiète tant, c’est que 10 000 milliards de transactions financière par jour y transitent. Leur altération aurait donc des conséquences catastrophiques sur l’économie de plusieurs pays européen.

En philosophie, le virtuel est ce qui existe en puissance, sans s’actualiser dans le présent. Il semble que l’ère du numérique viennent modifier cette définition. Tout en étant virtuelles, les actions dans le cyber-espace transparaissent tout à fait concrètement dans le monde réel. Reste à se demander si la porosité entre virtuel et réel est telle que les cyber-guerres mondiales ou les cyber-armes dont on parle pourraient faire de vrais morts. 

-Sources: Slate.fr, Euronews.fr

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