La seconde vie des magazines informatiques

Quoi de plus banal que les jeux vidéo en 2012 ? Je ne suis pas devin, mais il est fort probable que les prochaines fêtes de Noël, qui approchent tranquillement, continuent de prouver que, maintenant, tout le monde joue. Après s’être mis les filles dans la poche, l’industrie vidéoludique s’est même mise à lorgner du côté des parents, voire des parents des parents, avec la Wii et la Nintendo DS. Et pourtant, ça n’a pas toujours été comme ça. Il y a dix ou vingt ans, les passionnés étaient plus rares, les filles aussi, et Léa Passion Cheval/Natation/Couture/Fashion n’existait pas. Cette époque se nimbe doucement d’un épais brouillard dans nos mémoires, mais pas de panique : Abandonware Magazines est là.

Le but de ce site créé début 2002 est de constituer une base de donnée de magazines numérisés. On y trouve des numéros entiers de titres sur l’informatique et les jeux vidéo, scannés de la première à la dernière page. Il est ainsi possible de feuilleter les premiers numéros du célèbre magazine Tilt, première publication française sur les « jeux électroniques » (1982 – 1994). Ou, pour les vingtenaires comme moi qui ont grandi avec la Game Boy et la Playstation, de retrouver les Consoles + et les Joypad de notre jeunesse. A cette époque, la presse n’était pas encore en crise, et les articles étaient écrits par des passionnés pas plus vieux que nous qui déconnaient à longueur de pages. C’était le bon temps…


Le numéro 100 de Joypad… Une relique soigneusement conservée !

Lire les souvenirs des lecteurs en 2012 est une étrange expérience. Il est en effet difficile pour les jeunes d’aujourd’hui (* le point vieux con est atteint) de comprendre ce qui fondait l’attachement énorme des lecteurs à leur magazine favori. Je tente un sondage : levez la main si vous conservez encore des magazines achetés il y a dix ans. Pas tous à la fois, surtout, hein. De nos jours, alors que la presse dégringole, qu’elle coûte cher (6€95 le Consoles + version 2012, 33 francs en 1998), et que le net donne tout tout de suite, plus personne ou presque n’a son magazine fétiche. Ce n’était pas le cas des lecteurs de Tilt, Joypad, Player One, qui attendaient fébrilement leur numéro chaque mois, pour lire et relire les news et tests qu’ils ne trouvaient nulle part ailleurs. Morceaux choisis :

Ah la la pad toute ma jeunesse. Des heures et des heures à lire les reportages dantesque de l’e3, les jeux imports de folie (le test de FF6 jap de greg argghhh) ou un peu plus tard les modes d’emploi hilarants qui nous faisaient rentrer dans l’intimité du magazine et les délires de ces rédacteurs. Le plaisir absolu étant de partir en vacances et de se taper des heures de voiture en dévorant le numéro double d’été.

ah!se replonger dans tilt ,c’est brancher une machine à remonter le temps et entrer de plein pieds dans une informatique révolue,les années folles d’une informatique où l’internet et les standards d’aujourd’hui étaient loin de nos pensées.la joie de pouvoir se dire qu’on a en son ordinateur une sorte de longueur d’avance sur l’an 2000,bel avenir fait de langages basic et de long listings qu’il faudra ensuite passer un temps fou à corriger,un oeil ouvert sur une actualité toujours en gestation,des ordinateurs qui font sourire les enfants d’aujourd’hui et dont on a du mal à les convaincre que c’étaient des vrais et pas des consoles ! ah§ l’ambiance révolue des discussions de fin de samedi après midi d’hiver auprès des caisses de magasins spécialisés sur le dernier soft sorti ou en préparation,avec un langage de spécialiste,la lecture interminable des rubriques « annonce » de tilt donnant cet agréable sentiment qu’on est tous une communauté de copains informaticiens amateurs (…). toute une époque qu’on aime à retrouver (…). snif,mélancolie quand tu nous tient !

Mélancolie, c’est le mot. La presse jeu vidéo française est un secteur qui sent le cimetière à plein nez. Le menu de gauche d’Abandonware Magazines est à lui seul une liste de titres disparus. Player One est mort, Joypad aussi, et Consoles + survit avec des transfuges de Nolife, à un prix malheureusement prohibitif. Le célèbre Joystick, grand frère PC de Joypad, survit aussi mais plus avec les mêmes personnes. Les rédacteurs de la grande époque ont déserté la maison au moment du rachat de la boîte par Future France. Et sont partis fonder CanardPC. Le monde de la presse gameuse en France est plein d’adieux et de départs, ce qui contribue sans nul doute à nourrir la nostalgie de « ceux qui y étaient ». Cela montre aussi que la vie n’est pas toujours facile pour les vrais passionnés. Mais au moins, ça fait des bons souvenirs, à retrouver sur Abandonware Magazines !

Une réflexion au sujet de « La seconde vie des magazines informatiques »

  1. Bonjour,
    Il est vrai que le monde de la presse informatique actuel n’a plus rien à voir avec celui des années 80. Nous sommes passés de revues techniques destinées à des passionnés à des catalogues de produits destinés à de simples utilisateurs. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller sur l’excellent site Abandonware et de comparer le contenu des magazines avec ceux de maintenant. Je ne me lasse pas de consulter mes anciens Ordinateur Individuel, Micro-Systèmes… sans parler d’Hebdogiciel que je collectionne et relis à temps perdu.
    Cordialement,
    Benoît, collectionneur de l’informatique des années 80

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