Les publications web

 

Les publications web

Publier sur le net ne relève pas uniquement des différentes possibilités d’exposer nos écrits. Pour publier sur Internet, il faut aussi savoir ce qu’il se cache derrière les plateformes que nous utilisons tous. Dans cet exposé, nous essaierons de présenter l’arrière-boutique de ces plateformes.

 

 

Introduction

Notre présentation porte essentiellement sur les différentes publications possibles sur le web. Nous aborderons cela en deux points.

D’abord, nous évoquerons le contenant. A savoir, les différents types de page web, leurs spécificités et fonctionnements.

Dans un second temps, nous nous focaliserons sur le contenu. Dans cette partie, nous définirons ce qu’un pure-player est et nous ferons un point sur la situation de ces derniers. Les pure-player fonctionnent d’une manière bien particulière notamment concernant leur spécificité économique. Aussi, les publications sur le net ne seraient pas ce qu’elles sont sans l’explosion du modèle participatif.

  1. Les modèles de publication

    1) Le web dynamique

A) Qu’est-ce que c’est ?

Il a apparaît à la fin des années 90.

C’est un site dont les pages sont dites « intelligentes ». Les pages HTML se construisent lors de sa consultation par l’internaute. Le langage HTML est un format de données conçu pour représenter les pages web.

B) Comment ça marche ?

Pour mieux comprendre le fonctionnement d’une page web dynamique, le mieux reste encore d’illustrer cela par un exemple. Prenons l’exemple d’un site web d’un coiffeur.

Sur la page d’accueil, il y a des informations qui ne changent pas. Comme l’activité du coiffeur. En effet, l’artisan sera toujours coiffeur que l’internaute navigue sur le site à 7h du matin ou à 23h45. Ces pages dont les informations ne changent pas sont des pages statiques en langage HTML pur. En revanche, il y a des pages web du site du coiffeur susceptibles de changer. Effectivement, dans la rubrique « actualité », comme son nom l’indique, les informations vont changer et évoluer car elles seront mises à jour. Ce sont des pages web qui combinent le langage HTML et PHP. Le langage PHP est un langage informatique utilisé pour les pages web dynamiques. Cette combinaison rend le code, autrement dit le texte qui représente les instructions qui doivent être exécutées, plus intelligent et dynamique. Ce dynamisme est possible aussi grâce aux logiciels de site web (CMS) qui peuvent remplacer un webmaster.

Sur les pages web dynamiques, on peut gérer informatiquement les tâches dans un processus. Ce processus s’appelle « workflow ». Concrètement, un workflow est une chaine de publication qui comprend plusieurs maillons, tous modifiables.

C) Les avantages et inconvénients

Les pages web dynamiques ont l’avantage d’avoir des contenus organisés. Les sites web dynamique sont moins fouillis, l’organisation peut se faire en « bloc » par exemple. Aussi, la mise à jour des pages se fait plus aisément. Les modifications sont quasi instantanées et faciles à faire. Ces pages web dynamiques ont également permis la création de nouveaux métiers dans le secteur. Avec l’apparition des pages web dynamiques, il y a aussi eu l’apparition du métier de webdesigner. Un webdesigner est chargé de créer les pages web de manière à ce qu’elles soient plus attirantes, pratiques et attractives. En revanche, la création de pages web dynamiques nécessite un coût de développement initial élevé. C’est donc un modèle moins accessible que la création de pages web statiques, par exemple.

2) Le web statique

A) Qu’est-ce que c’est ?

La première publication d’une page web statique a eu lieu en 1996.

C’est un site web dont le contenu des pages est fixe. Les pages sont prédéfinies grâce à un éditeur HTML.

La mise en ligne d’un site web statique est longue et fastidieuse. La création des pages se fait « manuellement » grâce à un éditeur de texte. Pour reproduire aisément la mise en page, il est commun d’utiliser un langage informatique appelé CSS ou feuilles de style en cascade.

Autre que la mise en page d’une page web, la communication entre machine est aussi importante. Ainsi, pour mieux communiquer entre machines et pour faciliter la transmission et l’échange de fichiers informatiques, l’utilisation des FTP (protocole de communication) permet de copier des fichiers d’un ordinateur vers un autres faisant parti du même réseau. Ce protocole d’échanges de fichiers est utilisé lorsqu’un site web est hébergé chez un tiers. De cette manière, l’alimentation du site peut se faire à distance et sans se déplacer.

B) Comment ça marche ?

Le fonctionnement d’une page web statique se fait en 3 étapes.

D’abord, le navigateur envoie l’adresse URL au serveur. L’adresse URL est une adresse d’une ressource en ligne. Le format est universel et est composé de la manière suivante :

http://www.pagewebstatique.fr/definition/accueil.html

Pour mieux comprendre cette adresse, disséquons-la :

  • http:// correspond au moyen utilisé pour transférer les informations sur le réseau.

  • www. correspond au World Wide Web. Cette étape n’est pas obligatoire.

  • pagewebstatique.fr correspond au nom de domaine.

  • définition correspond au nom de répertoire.

  • accueil.html correspond au nom de fichier.

En somme, une adresse URL indique simplement le « chemin » à suivre pour avoir accès à l’information, à la ressource sur Internet.

Ensuite, une fois que l’internaute tape cette adresse URL dans son navigateur, le serveur reçoit une requête HTML. Le serveur interprète la requête puis génère le code HTML correspondant.

Et enfin, le serveur renvoie ce code HTML au navigateur, comme Chrome, Firefox, Safari…

Pour résumer le fonctionnement, on peut dire :

  1. le navigateur envoie une adresse URL au serveur.

  2. le serveur reçoit une requête HTML puis génère un code correspondant.

  3. le serveur renvoie ce code au navigateur.

C) Les avantages et inconvénients 

Le web statique a l’avantage d’être le premier arrivé (à la fin des années 90). A l’époque, cela représentait une grande nouveauté. Comme dit plus haut, la création d’une page web statique ne nécessite pas de grands investissements.

Contrairement au web dynamique, qui peut se passer d’un webmaster, le web statique a participé à la création de ce métier. Concrètement un webmaster est une personne responsable d’un site internet. Ses missions sont différentes en fonction de l’organisation de l’entreprise qui l’embauche.

Aussi, la mise en ligne d’un site web statique est longue. D’autant plus quand il y a de nombreuses pages à traiter car il faut toutes les créer manuellement.

3) Le web contributif

A) Qu’est-ce que c’est ?

Ce modèle représente un tout nouveau modèle. Il est ouvert à tous et représente donc un grand succès.

Les pages permettent à l’utilisateur de modifier et de créer des contenus en ligne. Tout cela se fait de manière plus ou moins ciblée mais surtout sans avoir de grandes connaissances en informatique. Les pages web contributive sont un espace incontournable des échanges. Elles comprennent tous ces sites de partages et les réseaux sociaux mais aussi les « propulseurs », comme Netvibes, qui regroupent de nombreuses activités en une seule application.


B) Comment ça marche ?

D’un point de vue technique, le fonctionnement d’une page web contributive est similaire à celui d’une page web dynamique.

L’utilisateur entre son log in ou identifiant et son mot de passe. À partir de ce moment, le PHP demande à la base de données à la page demandée de s’afficher (après vérification des identifiants et du mot de passe).

exemple du blog :

Les moteurs de blogs permettent de créer des sites basés sur le principe du blog, à l’aide de CMS (systèmes de gestion de contenu), accessible depuis une interface web qui permet à la fois de lire et d’administrer un blog (sécurisée par un mot de passe), comme sur WordPress, crée en 2003.

C) Les avantages et inconvénients 

Il est indéniable que les pages web contributives sont extrêmement simple d’utilisation. En 2002, Skyrock lance Skyblog. L’énorme succès qui a suivi est clairement du à la facilité d’utilisation pour les débutants et les adolescents. Ce qui avantage aussi ce modèle contributif c’est sa grande capacité d’interaction en temps réel.

Malheureusement, ce modèle s’essouffle sur la forme. Même si les utilisateurs peuvent modifier l’apparence des plateformes, celles-ci restent toutefois limitées (cf la ressemblance des blogs sur skyblog). Blogger, lancé par Google en 2003, permet une plus grande personnalisation, cependant cela reste encore restreint.

Enfin, contrairement aux deux modèles vus précédemment qui ont vu naitre des métiers, le modèle contributif n’a pas crée de métiers à proprement dit. Effectivement, il reste encore difficile de considérer un blogueur comme un journaliste.

II. Les nouvelles publications sur le web : l’exemple des pure players

Le terme « pure-player » est à l’origine une expression du secteur économique. Elle était déjà utilisée dans les années 1980 par les banques et les finances par opposition à un conglomérat d’entreprise. En d’autres termes, le pure-player représentait une entreprise dont l’activité était sur un seul secteur. Aujourd’hui, on utilise le terme de pure-player pour désigner des médias dont la publication se fait exclusivement sur Internet.

Les exemples les plus célèbres de pure-players en France sont par exemple Rue89, Mediapart, Arret sur Images, Owni…

Publication dynamique

Chez Reuters, on cite les pure-players français comme étant des « nouvelles start-up journalistiques ». Le journalisme y est dynamique et intègre parfaitement les nouvelles pratiques journalistiques des médias. L’intégration de ces nouvelles publications (notamment avec des applications et site web tel que Storify ou Pearltree) est aussi possible grâce au web dynamique, suscité.

Communauté et spécialisation

On retrouve ainsi une dimension communautaire. Les pure-players rassemblent et fidélisent, les rédactions s’organisent et se spécifient. Le cadre de travail est le reflet de cette dynamique communautaire et spécialisée des pure-players : les journalistes ont de nouvelles compétences axées sur le web. Les jeunes reporters sont bi-médias (voir tri-média).

1) Le journalisme augmenté

A) Les journalistes web, nouveau éditeur de contenu et acteur de l’édition

a) Les nouveaux outils au service de cette publication dynamique

La question des nouveaux outils journalistiques peut amener le sujet autour d’une problématique sociologique et de légitimité de l’information. Ici, nous ne nous engagerons pas vers ces questions. Il sera plus intéressant d’analyser le métier du journaliste comme acteur et créateur d’un contenu, d’une publication sur internet.

Vers la fin des années 1990, les changements dans ce domaine se font déjà ressentir. On parle déjà d’un nouveau type de journalisme : le journalisme multimédia. Il y a ainsi une convergence numérique avec le basculement sur le web. On voit donc apparaitre un (lent) processus d’informatisation des rédactions et de numérisation des flics de contenus.

Le contenu devient donc lui aussi dynamique grâce à ces outils : les articles intègrent des vidéo, de l’image, du son, des tweets, des timelines .. et du datajournalisme.

b) CMS et Génération « SOMODA »

Les CMS sont une part importante dans l’évolution de la publication sur le web. Les nouveaux CMS que l’on peut trouver sont par exemple CMS NOVIUS IOS, AppYourself … Ils permettent d’ajouter de nombreuses application à la carte des site web en développant le contenu.

La publication ne se fait donc pas seulement sur le web, elle s’étale aussi au mobile en développant sur quasiment tout les sites une convergence entre SOCIAL, MOBILE et DATA. On peut ainsi appeler cette génération « La génération SODOMA » .

Il faut cependant noter que ces outils travaillent d’une certaine manière à forger une nouvelle publication aseptisée.

c) Polyvalence et multisupports : augmentation des champs de compétences

Le journaliste-développeur s’impose de plus en plus au sein des rédaction. Les profils de recrutement changent et répondent à des besoins mêlés : rédaction de contenus, production multimédia en ligne, connaissance des réseaux sociaux, manipulation régulière d’outils et interface web 2.0, savoir de langage HTML et même de développement et programmation.

La pratique quotidienne du journaliste et donc de sa publication connaissent des changement importants. « Leurs routines professionnelles font émerger des tâches nouvelles, et de plus en plus prégnantes (tenir un blog, gérer des dispositifs participatifs, animer une communauté, interagir dans ls réseaux socionumériques, collaborer avec des développeurs pour créer des contenus multimédias » INAGLOBAL.

On a donc à faire à une augmentation des moyens de publications et des ces outils jumelé ) une augmentation de la demande se polyvalence et des compétences. La publication numérique est ainsi en pleine évolution, en constant interrogation, en développement des réflexions – et des métiers. Evolution notamment avec de nouvelles formes d’innovation.

Le journalisme augmenté est aussi, inévitablement, avec ce que l’on appelle l’Open Data et le Data Journalisme.

B) Changements, évolution et limites

a) Datajournalisme : journalisme augmenté ou déshumanisé ?

Le datajournalisme est une visualisation de données qui nait grâce à l’ouverture des données publiques, dont Wikileaks se fait le fervent défenseur et a joué sur ce sujet polémique en dévoilant des données gouvernementales et militaires. En mars 200ç, le gouvernement américain lance alors le site web data.gov, appelé le portail Open Data USA où sont disponibles des données publiques sur le gouvernements américains. Peu après, d’autres gouvernements suivent, notamment la France, le Royaume-Uni…

b) Comment ça fonctionne ?

C’est un ensemble de méthode de représentation graphique qui, combiné à une base de données, en facilite l’exploration et la compréhension car elle est présentée de manière simple et didactique.

Cette nouvelle forme de technique journalistique consiste dès lors à analyser des données à la base complexe pour en extraire des informations pertinentes. Grâce à des outils tels que Excel ou Acces qui automatisent la lecture des données, le journaliste va pouvoir structure les formats. Ces données sont ensuite présentées de manière graphique et en jouant sur l’interactif.

« Avec les données, on n’est plus dans la narration verbale, mais dans une narration construite autour d’éléments grammaticaux qui appartiennent au lexique visuel. Le journaliste de donnée s’adresse à l’intelligence visuelle. »

Caroline Goulard.

Ainsi, une nouvelle forme de publication nait par ses évolutions dans le domaine non seulement informatique mais sociétale. Ces publications demandent ainsi une intelligence visuelle.

c) Limites et remarques

Certains pensent que ce genre de journalisme est un journalisme déshumanisé : la publication ne se fera non plus par des personnes physiques, mais par des logiciels automatisé récupérant les données et éditant des phrases toutes faites (on pensera par ailleurs aux logiciels qui existent déjà aux Etats-Unis sur les données des matchs de foot. la formule change en fonction de qui elle est adressée.)

Le journalisme ne peut pas non plus tout faire, et si cette évolution veut survirer, elle doit s’aider aussi d’une collaboration avec les autres métiers du graphiste, développeur aux experts sans oublier « la communauté » .

Un article des Cahiers Du Journalisme cite le cas de formations aux Etats-Unis de hackers en reconversion pour le journalisme. Dans cet article, le journaliste témoigne de sa rencontre avec Nicolas Kayser-Bril, célèbre journaliste de données : formation journalistique aux états-unis où l’on apprend à des hackers et des développeurs de devenir journalistes. minorité mais cela existe. « Pour donner un exemple, je parle souvent de Nicolas Kayser-Bril que l’on peut qualifier de « data journalist hacker ». Il n’est pas un « hacker » au sens « sécurité informatique ». Ce n’est pas non plus un développeur. Il est journaliste. Mais quand je vais le voir à son bureau, quasi systématiquement je le trouve derrière son écran en train de coder. Il est en train de faire du code informatique, et non pas en train d’écrire. Cette activité va prendre une bonne partie de son temps. Il va coder, soit pour aller « scrapper » des données – c’est-à-dire extraire des données d’un document ou d’une base de données qui n’est pas exportable proprement– soit pour visualiser ces données, pour les manipuler, pour en faire quelque chose. Cette pratique est extrêmement rare pour l’instant, mais je pense qu’elle est amenée à se développer ces prochaines années. »

Quoiqu’il en soit, on est bien là dans un journalisme augmenté qui crée pleinement une publication dynamique à l’image du web dynamique toujours en constante évolution que l’on a vu dans la première partie.

2) La dimension participative des pure players

 

Franck Rebillard, chercheur au laboratoire CIM (Communication Information Médias) définit le journalisme participatif ainsi : « Intervention de non-professionnels dans la production et la diffusion d’information d’actualité sur internet ». Cette nouvelle forme de journalisme est apparue avec l’arrivée du web. Il distingue trois types de participation : la participation-contribution, la participation-réaction et enfin la participation-suggestion.

A) La participation-contribution

La participation-contribution est un dérivé du journalisme citoyen, ce genre qui entend laisser les non-journalistes inverser leur rapport aux médias en devenant émetteur de l’information et non plus récepteur. Si cette idée est séduisante sur le papier, la réalité est toute autre. Le journalisme citoyen s’avère être un véritable mirage avec peu de contributions des non-professionnels. C’est un pratique marginale réservée à une certaine élite. Les contributeurs sont en extrême majorité des auteurs urbains issus des CSP+, dotés d’un fort capital culturel et d’un intérêt prononcé pour la vie publique, le débat et les médias. Cette forme a peu d’avenir, en témoigne les difficultés rencontrées par les principaux acteurs du secteur : Agoravox, Citizenside ou encore iReport.

Les pure players se sont pourtant dotés dès leur création d’outil pour intégrer leurs lecteurs dans le processus éditorial. La participation-contribution a véritablement émergé avec ces nouveaux médias. Ces derniers y voient une façon originale de concevoir l’information. L’idée est de coproduire du contenu entre professionnels et non-professionnels. Les non-professionnels étant tout simplement des individus non rémunérés pour cette activité. C’est la forme de participation la plus valorisée mais aussi la moins fréquente.

Très vite, les pure players développe le concept de participatif encadré. Il s’agit d’accompagner les non-professionnels par les journalistes. Les articles proposés ne sont publiés que s’ils présentent un véritable intérêt. Les articles proposés ne sont jamais publiés tel quel. La rédaction peut parfois solliciter les internautes sur des sujets particuliers.

Arnaud Noblet, co-auteur de Web social, mutation de la communication, souligne le contraste entre l’impératif participatif et les exigences professionnelles.Les pure players sont désormais obligés d’intégrer une dimension participative. Tout le monde le fait mais pas de la même manière.

Il existe plusieurs niveaux d’investissement des journalistes dans la relation avec les contributeurs, et différents degrés d’encadrement éditorial de leur production. Exemple avec les deux types de participation mises en place par Rue89 (Information à 3 voix, ouverte aux internautes) et Slate.fr (tribunes et blogs accordés à des spécialistes). Mais les journalistes doivent garder le contrôle éditorial et vérifier le contenu produits par les internautes.

Ce qu’il faut retenir :

  • Intégration progressive dans les pure players. Tous les pure players ont misés sur le participatif encadré. Cela permet d’instiguer une certaine originalité et d’offrir un espace d’informations alternatives

  • Professionnalisation et rationalisation des contributions. Contributions de plus en plus intégrées dans le workflow. La participation-contribution est un foyer de la diversité éditoriale

2) La participation-réaction

La participation-réaction, ce sont les fameux commentaires. Il s’agit de la forme la plus primaire de la participation. La plus commune et la plus importante quantitativement mais également la plus décriée pour les dérapages fréquents qui ont lieu au fil des pages (rumeurs, invectives et autres points godwin). On peut s’interroger sur l’intérêt réel des commentaires.

Les pure players essayent de se démarquer des autres sites d’information bi-média en prêtant une attention particulière aux commentaires. C’est par exemple le cas de Rue89. Les journalistes modèrent les commentaires, y répondent, même à propos d’articles qu’ils n’ont pas écrit. La modération se fait a priori ou a posteriori. Ils peuvent même réaliser des revues de commentaires.

Ce type de participation permet aux internautes d’apporter leur contribution lors de l’établissement de la ligne éditoriale. Cela se produit sous différentes formes :

  • Veille sur les préoccupations des internautes

  • Repérer de nouvelles sources

  • Faire émerger des sujets d’actualité

Au delà de l’animation du site, l’attention aux réactions des internautes permet de veiller aux préoccupations de ces internautes. Les journalistes peuvent également repérer de nouvelles sources afin de compléter leurs articles. Enfin, les internautes peuvent également faire émerger des sujets d’actualité peu présents dans l’agenda médiatique traditionnel.

3) La participation-suggestion

La participation-suggestion est la moins usitée dans les rédactions. Ce sont les pure players qui ont lancé cette introduction du lecteur dans leur processus éditorial. Elle revêt plusieurs formes.

Tout d’abord, cette participation peut se faire lors des conférences de rédactions. Les internautes peuvent contribuer à l’élaboration de la ligne éditoriale de façon organisée et régulière, lors d’une conférence de rédaction hebdomadaire. Une conférence ouverte à tous via un chat. Chacun peut proposer ses idées de sujets.

Elle peut également se produire lors de chats avec des journalistes ou des experts de la rédaction. Les internautes posent des questions à un journaliste ou un expert toujours via un chat. La rédaction fait ensuite un résumé des questions-réponses.

Cependant ce phénomène reste à relativiser. La coproduction éditoriale est limitée. Les journalistes gardent le contrôle de l’espace éditorial. Mais il est intéressant de voir que cette pratique a été depuis reprise dans toutes les rédactions web. Les pure players ont fait entrer le lecteur dans leur processus éditorial. Aujourd’hui, Le Monde organise des chats, Francetvinfo invite les internautes à leurs conférences de rédaction. Les pure players ont permis aux lecteurs de se faire entendre et de prendre part à la production de l’information qu’ils s’apprêtent à consommer.

 

 

 

3) Les limites du modèle

Dans cette troisième et dernière partie nous verrons quelles sont les limites des pure players. Quel avenir ont-ils?

A) Une économie en berne

D’abord il y a un problème économique. En effet les pure players peuvent se financer par la publicité ou par abonnement, c’est l’exemple du site Médiapart qui est un modèle de site entièrement payant. Cependant le tout payant, au même titre que les sites gratuits, ne sont pas une solution stable aux problèmes économiques qui guettent les pure players. Aucun modèle économique pérenne n’a encore été dégagé, et la plupart des sites d’information sur le net tournent financièrement à perte.

En outre Médiapart est une exception dans le paysage des sites d’informations français entièrement payant. Effectivement, la plupart des pure players ont adopté un modèle gratuit c’est le cas notamment de Rue 89, Konbini ou encore Vice.

Apparaissent dès lors les limites du modèle éditorial des pure players d’information. Étant donné qu’ils possèdent peu de moyens c’est un journalisme assis, un desk web qui nécessite peu d’investissement. La qualité de l’information et du travail d’investigation du journaliste sont les premières victimes de cette pratique.

D’autre part s’ils ont du mal à se financer c’est parce ce qu’ils sont pour la plupart gratuits, c’est un actionnariat morcelé. Mais s’engager à faire payer pour lire ses contenus c’est prendre le risque de perdre ses lecteurs.

Pour des structures de petite taille comme les pure players qui n’ont pas les moyens ou la volonté de s’engager dans la compétition pour une audience de masse, les alternatives sont limitées : soit ils arrivent à limiter leur dépendance de la ressource publicitaire en diversifiant leurs sources de revenus, soit ils adoptent un modèle de production low cost, en exploitant notamment la participation des internautes, soit ils disparaissent.

B) Limites du modèle participatif

Quelle légitimité peut-on accorder à un journaliste web? Existe t-il une pertinence de l’information à l’heure où tout le monde peut en créer et se dire photographe ou journaliste?

Un internaute peut se dire journaliste en commentant l’actualité à sa manière, n’importe qui peut prendre une bonne photo avec son téléphone et la publier. Publier sur le web est à la portée de tout le monde. C’est d’ailleurs le principe même du modèle participatif.

Selon une enquête du Journal du Net du 6 octobre, plusieurs sites internet d’information tels que le le Nouvel Observateur, le Huffington Post, l’Express, Médiapart et d’autres auraient été victime dans leur rubrique de libre expression respective de faux contributeurs, qui, en réalité faisaient la promotion d’une entreprise ou d’un pays. Certains internautes se sont inventés une identité afin de publier des articles soit disant objectifs qui faisaient la promotion de divers organismes.

Donc les vérifications sur le net doivent être assez approfondies. Il y a des personnes malhonnêtes, il faut se méfier même si cela reste un exemple, somme toute, assez marginal.

De plus, la participation des internautes dans les médias reste assez mince. Effectivement, ils apparaissent comme bons derniers en matière de contribution aux médias. D’après une étude réalisée en 2009 par Williams & Wahl-Jorgensen, « 17 % des Britanniques ont contacté ou envoyé des matériaux à un journal au cours de leur vie, 9 % l’ont fait pour une émission de radio, 7 % pour un programme de télévision, et seulement 4 % pour un site d’information en ligne. Dans la même étude, on apprend en outre que ces personnes se distinguent du reste de la population par leur niveau socio-économique et leur activisme sociopolitique. »

Donc les pure players d’info se différentient par l’originalité des contenus : un sujet rare est un sujet qui marche. L’objectif étant de produire des sujets de qualités pour un moindre coût. Il y a un réel dynamisme dans le foisonnement des pure players français, pourtant on remarque une certaine fragilité de ce segment de l’information en ligne notamment parce que la plupart d’entre eux demeurent relativement marginaux.

Ainsi, le classement effectué par Médiamétrie/NetRatings est dominé par les émanations des médias traditionnels et par les infomédiaires. En mars 2011, seulement trois acteurs natifs du web (Rue89, Planet.fr et Slate) avaient franchi le seuil d’un million de visiteurs uniques mensuels et aucun d’entre eux ne faisait partie de dix sites les plus consultés en France un an après, en mai 2012.

Aussi, le pourcentage des personnes qui déclarent s’informer régulièrement auprès des pure players est très bas, oscillant entre 3 % et 6 %. Cette minorité fait souvent partie des catégories sociales supérieures. Le « cœur de cible » des pure players paraît ainsi cantonné à un groupe social restreint et relativement homogène. Cependant, un processus d’élargissement de ce public semble à l’œuvre. Dans le contexte de l’élection présidentielle de 2012, 18 % d’un échantillon représentatif de Français interrogés en ligne ont déclaré explicitement s’informer auprès des pure players sur la campagne électorale.

C) Limites éthiques

Il existe certaines limites éthiques attachées aux pure players. On ne peut pas dire tout ce qu’on veut sur la toile, il y a un droit sur internet qui punit les commentaires diffamatoires, racistes ou les menaces. Publier a des fins idéologiques en servant des causes plus ou moins bonnes tout dépend de la pertinence de ce que l’on publie.

En parlant de pertinence des publications sur le net on peut aborder ce qu’elles peuvent engendrer comme effets sur la population et pas forcément que sur les internautes mais aussi sur les politiques et l’importance qu’elles ont au niveau journalistique. Prenons comme exemple l’affaire Cahuzac chez Médiapart : cette affaire rend légitime le journalisme web et les pure players de manière général. Le rôle d’une presse de contre pouvoir est entièrement assurée et c’est une presse qui s’empare du numérique. Du coup on peut parler aussi d’idéologie dans ce genre de publication : il y a ici la volonté de garder une certaine transparence et d’affirmer auprès des lecteurs que les journalistes web ne sont pas de simples commentateurs et qu’un internaute lambda ne remplacera jamais le journaliste.

Conclusion

Le web a révolutionné les modes de publication. Ces publications ont permis la création de nouveaux métiers, comme webmaster, webdesigner, journaliste web, community manager et social media editor (superviseur, coordinateur et opérateur des besoins d’un site de médias sociaux, site proposant des contenus faits par les utilisateurs). Le web a également permis l’essor d’un nouvel outil d’édition, les pure players. Ces sites d’information uniquement présent sur la toile se sont développés en intégrant les nouvelles pratiques apportées par le web. Ils ont ainsi pu innover et proposer un journalisme différent de celui de la presse papier. Plus ouvert, plus innovant, plus dans l’air du temps, le journalisme web doit beaucoup à ces start-ups. Cependant il existe des limites intrinsèques à ce modèle, notamment d’ordre économique. Les pure players ont du mal à se financer et aucune réelle solution pérenne n’a été trouvé à ce jour pour que ces sites soient rentables. Il existe également des limites au modèle participatif qui induit la contribution des internautes, mais quel crédit peut-on accorder à des personnes lambda qui publient sur le net ? Il y a donc des limites éthiques et économiques attachées au web participatif. Malgré cela, les pure players font preuve de nouveauté et utilisent tous les outils dont ils disposent ce qui permet aux journalistes d’enrichir le contenu de leurs publications web.

SOURCES

 

 

WEB :

http://www.cahiersdujournalisme.net/cdj/pdf/22_23/09_MANACH.pdf

http://www.inaglobal.fr/numerique/article/le-journalisme-de-donnees

http://owni.fr/author/nicolaskayser-bril/

http://www.mediaculture.fr/2013/01/20/data-journalisme-infographistes-danger/

http://www.tdg.ch/high-tech/journaliste-futur-simple-ordi/story/17393903

http://www.ina-expert.com/e-dossier-de-l-audiovisuel-journalisme-internet-libertes/le-journalisme-participatif-definition-evolutions-etat-des-lieux.html

http://www.observatoiredesmedias.com/2009/06/09/pure-players-la-battle-chronicart-interroge-trois-acteurs-du-journalisme-de-demain/

http://www.cahiersdujournalisme.net/cdj/pdf/22_23/02_REBILLARD.pdf

LIVRE :

KAYSER-BRIL Nicolas, Le Guide du Datajournalisme, ed. EYROLLE

(Disponible en ligne : http://jplusplus.github.io/guide-du-datajournalisme/index.html)

Franck REBILLARD, Nathalie PIGNARD et Arnaud NOBLET, Social, mutations de la communication, Millerand, Proulx, Rueff (dir.), Presses univ du Québec, 2010

 

 

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