Construction de l’événement sur Internet

Nous traiterons dans ce dossier la construction de l’évènement sur Internet. Un sujet très actuel qui est un peu dur à aborder dans le sens où c’est un concept assez abstrait qui englobe beaucoup d’éléments que l’on peut trouver sur Internet. Nous avons sélectionné quelques exemples afin d’illustrer au mieux ce concept.

intro

Tout d’abord, qu’est ce que l’évènement? Dans notre contexte, c’est le fait qu’une information quel qu’elle soit (vidéos, photos, texte…) soit traitée d’une telle façon qu’elle devienne événement. On transforme l’information, on la reconstruit pour qu’elle plaise, pour qu’elle soit plus spectaculaire mais surtout pour qu’on la remarque. L’événement, ce peut être le buzz -le mot buzz par ailleurs vient de l’anglicisme de bourdonnement, et fait référence au bruit médiatique qu’il amène généralement-.Par exemple, la vidéo qui remportera le plus de vue dans un moindre temps sur Youtube, que son contenu soit faux ou pas. Ou encore le tweet: 140 caractères pour faire passer une information: spontanéité et effet d’annonce requis. On veut l’essentiel, l’utile.L’événement, tout le monde s’en sert, que ce soit les politiques, les entreprises, les particuliers pour toutes raisons économiques et/ou sociales. Ce nouveau traitement de l’information résulte du nouveau contexte d’Internet. Les sources d’informations ont changés. Et la façon de les communiquer aussi. Aujourd’hui, il y a une communication horizontale des informations. Chacun parle, informe, réagit, revendique, et l’information évolue au rythme des commentaires de chacun. Le peuple devient média. Il n’y a plus de censure, tout le monde poste ce qu’il veut, fait le choix de garder l’anonymat, il n’y a pas de sélection car pas de contrainte de place. Tout ce qui doit être dit est dit (et peut-être même un peu trop). L’interactivité est importante dans ce genre de réseau, il stimule et encourage les actions de certaines personnes. On assiste au jeu de celui qui sera le plus lu, le plus suivi/follow, le plus commenCi-après les quatre parties que nous avons décidé de dégager : Il s’agit de concept tiré des exemples qui illustreront notre sujet.

PREMIER CONCEPT : LE BUZZ SOCIAL

«  à l’avenir, tout le monde sera célèbre pendant 15 minutes »

Andy Warhol, 1979

Aujourd’hui, chacun peut finir sur Youtube avec des milliers de vues en quelques heures. Qu’importe la nature de ce que l’on poste, cela peut faire le tour du monde, et même attirer l’œil de certains médias, très attentif à ce genre de phénomène. La célébrité, qui a été le fantasme de nombreuses personnes est aujourd’hui relativement accessible.

Par exemple, en mai 2011, un suédois se revendique de fabriquer un réacteur nucléaire dans sa propre cuisine, en postant des articles expliquant son projet sur son blog.

En juillet, il est arrête à son domicile par la police, suspecté de « crime contre la loi sur les protections contre les radiations »

Son projet est donc arrêté. Des médias internationaux relaient cette information, publiant son blog et la photo de sa cuisine après que « le mélange est explosé ». Il est même interviewé par la BBC. Parmi les nombreux journaux qui publie l’événement, on trouve la ABC, Der Spiegel, le New York Times, The Guardian, Fox News, et autres journaux très reconnus.

Son dernier article, datant du 4 aout est titré «  Now I’m famous world wide » (maintenant je suis célèbre dans le monde entier). S’il n’a pas pu finir son projet de réacteur nucléaire, il semblerait qu’il ait quand même gagné la célébrité.

Mais il semblerait que tout ceci ne soit qu’une vaste arnaque de la part d’un chômeur qui, profitant du bourdonnement médiatique autour de l’accident nucléaire de Fukoshima survenu deux mois plus tôt, décide de faire parler de lui.

Déjà, la photo de la cuisine n’est pas très convaincante. Aussi, Mr Mabillot a appris par l’hébergeur du blog qu’un même blog avait été publié il y a longtemps avec le même contenu et par le même auteur. Cet homme avait donc déjà essayé d’attirer l’attention sur lui avoir son histoire de réacteur nucléaire construit dans une cuisine. N’ayant pas reçu satisfaction, il a réessayé quelques mois/années plus tard, profitant d’un réel événement qui pourrait l’aider à attirer le regard d’internautes.

D’autres exemples montrent de quoi sont capables les internautes pour un moment de reconnaissance social. Par exemple le « cybersquatteur » qui a acheté le nom de domaine hollande2012.fr en 2007 et qui redirige cette adresse vers son CV. Il s’explique ainsi: en achetant le nom de domaine en 2007, il prouve sa capacité d’analyse et d’anticipation et actuellement sa capacité à résister à la pression » Grâce à Internet, cet homme se fait sa propre publicité afin de trouver un boulot. Une idée originale et qui devrait avoir l’effet attendu.

On voit qu’Internet est une véritable plateforme de rebondissement pour qui voudrait se faire remarquer. Bien sur, une personne déjà influente aura plus de chance de « faire le buzz », mais rien n’empêche Monsieur Tout-le-monde d’avoir son quart d’heure de célébrité. Il suffit d’un peu d’imagination et d’un réseau suffisamment grand.

2EME CONCEPT : LE BUZZ MARKETING

Le principe du buzz s’inspire d’un concept déjà largement utilisé et ce depuis longtemps par les communicants: Le bouche à oreille (Utilisation de réseaux d’influence, communication auprès des leader d’opinion, réseaux de distribution entre consommateurs…)

Internet donne une dimension supplémentaire au bouche à oreille.

Le buzz permet la diffusion rapide et l’économie d’une campagne de pub coûteuse. Contrairement a la pub classique, le buzz n’interrompt pas la cible pour lui imposer un message. Il n’est pas invasif. Il repose sur l’idée que les personnes intéressées par une idée ou un produit, le vendront les unes aux autres. Le rôle de l’individu est primordial car c’est lui choisit ou non de relayer une idée. Dans la publicité classique, en plus de subir le message, le consommateur se retrouve interrompu dans son activité, et ne gagne rien d’utile, il perd son temps. Avec le buzz, le consommateur devient gagnant. Il conforte sa réputation auprès de ses amis en diffusant une idée intéressante.

Le buzz tire son efficacité d’une logique sociale : L’individu social est obligé de communiquer. On ne peut pas ne pas communiquer.

 

Limites du buzz

 

Coût :

Si autrefois les campagnes de buzz ne coûtaient pas grand chose, aujourd’hui, il faut mettre le prix pour sortir du lot et attirer l’attention. Seul 15% des campagnes virales motiveraient les consommateurs à faire passer l’information.

 

Résultats difficilement mesurables :

Part d’incertitude due au fait qu’on ne maîtrise pas la réaction des internautes. Perte de contrôle.

 

Faible transfert entre générations :

On échange plus entre amis qu’en famille.


Premiers buzz connus

 

Le premier buzz connu diffusé via internet est le buzz « Whazaaaa », créé par Budweiser (marque de bières) à la fin des années 90. Ils sont les premiers à utiliser la vidéo virale comme véhicule. A l’époque, les vidéos furent diffusées massivement sur les boites mail. Dans ce cas précis c’est l’amusement et l’humour qui ont permis au buzz de naître.

 

Un des premiers buzz connus est celui du projet Blair Witch. Il repose sur un autre levier : la rumeur. A l’époque, le film a toute les caractéristiques d’un documentaire, ce qui aura vite fait de créer une rumeur. Les producteurs ont profité de cette rumeur et ont joué là-dessus en mettant en ligne un site internet avec des vidéos de faux témoignages de la police et des parents des ados.

 

On peut distinguer deux types de buzz différents :

 

Celui qui est orchestré, le produit d’une stratégie (comme le buzz marketing). Il se fonde sur l’idée d’une rumeur contrôlée.

 

Celui qui intervient sans la volonté des principaux intéressés :

Il y a quelques temps déjà, de nombreuses vidéos de jeunes s’amusant à faire des geysers avec des Mentos et du Coca-Cola sont apparues sur la toile. Des étudiants américains ont créé un site où l’on pouvait voir une vidéo ou ces derniers ont reproduit la fontaine du château de Versailles avec 200 litres de coca et 500 Mentos. En seulement quelques semaines le site a atteint plus de 6 millions de visites, créant un buzz involontaire autour des 2 marques.

Coca-Cola a choisit de traiter la situation comme une situation de crise rappelant que leur produit n’était pas un jouet, alors que Mentos au a profité de la tendance en permettant par exemple aux internautes de publier leurs vidéos de geyser sur le site de la marque.

 

 

3EME CONCEPT : LE BUZZ POLITIQUE

 

Pendant de nombreuses années, les partis politiques ont cumulé les lacunes en terme de communication Web. Puis, après avoir finalement accepté l’importance de l’univers virtuel, ils ont décidé de l’intégrer.

Avec des débuts difficiles, des Lipdubs décalés (UMP), mais aussi des diffusions de vidéos en défaveur de leurs acteurs, les politiciens Français ont finalement compris que la communication de masse passait inévitablement par Internet et par une communication de type virale.

De plus, les jeunes sont plus réceptifs à des messages communiqués sur le web. ils représentent une population importante et influençable et il faut donc passer par le web pour les attirer.

Aux États-Unis, Obama avait déjà bien compris l’importance du rôle d’internet.

Il avait même engagé Chris Hughes, un des fondateurs de Facebook pour sa campagne de 2008. D’autre part, Obama bénéficie d’énormément de « consumer generated content » (contenu généré par les utilisateurs. Exemple : podcast, wikis, autres outils du web 2.0). Par exemple, la fameuse vidéo « Yes we can » de Will I am (l’ancien leader des Black Eyed Peas) reprenant les discours et le fameux slogan de Barack Obama en musique, chanté par plusieurs stars américaines.

 

4EME CONCEPT : LE POUVOIR DU TWEET

Crée en 2006, Twitter est un outil de réseau social et micro-blogage qui permet l’envoi instantané et gratuit de petits messages de 140 caractères maximum. L’avantage et le succès de Twitter est la facilité d’accès, on peut tweeter à partir de différentes plateformes, de tous les smartphones. C’est donc dans un premier temps un moyen facile de s’exprimer, de donner son avis aussitôt pensé. C’est aussi un bon moyen de partager une information: effectivement, sur la majorité des sites ou blogs d’informations, on trouve un bouton permettant de tweeter sur l’article que l’on lit, en publiant son URL (réduit).

Le premier exemple illustre le rôle de média qu’à Twitter.

Le 2 mai dernier, Keith urbahn poste sur twitter «  Une source sure m’a dit qu’ils avaient tué ben Laden. Hot damn ». Bien sur, les médias américains se sont affolés et la maison blanche a donc du confirmer la nouvelle avant l’annonce officielle du président Obama, qui lui-même a du changer son discours à cause du dit-tweet. On voit ici comme les réseaux sociaux prennent la place des médias grâce à leur rapidité: ils sont toujours connectés, ont toujours accès à une source infinie d’informations et n’ont pas à attendre l’aval de qui que ce soit avant de poster une publication.

Un autre exemple démontre à quel point un tweet peut avoir du pouvoir. Un pouvoir de persuasion. Un fils poste un tweet et sauve la librairie de ses parents, persuadant des internautes à aller acheter des livres la bas contre un burrito offert à la sortie, un homme trouve un donneur d’organe en postant un tweet disant qu’il a besoin d’un nouveau rein… des situations extravagantes qui laissent perplexe mais qui ne font aucun doute: twitter est un nouvel outil aux nombreuses fonctionnalités et qui marche grâce à son large réseau et sa facilité d’accès. On y crée l’événement et on la partage avec ses followers.

 

 

Conclusion :

 

 

Au delà de la notion de « buzz », ce qu’il faut comprendre c’est que l’événement n’existe pas dans la sphère social tant qu’il n’a pas été traité et construit par les médias.

Le rôle d’internet dans ce processus de construction de l’événement est de plus en plus important du fait de ces caractéristiques.

  • vitesse
  • liberté de ton
  • accessibilité

De plus, on observe ces dernières année une baisse de la confiance dans les médias traditionnels comme la télévision et la presse écrite. Ces derniers sont en effet souvent accusés de ne pas être impartiaux et de diffuser l’information en fonction de leurs propres intérêts, souvent financiers. Contrairement aux blogs par exemple, ou le ton et l’information sont plus libres. Le peuple se tourne alors vers de nouvelles sources d’informations, qu’ils peuvent choisir et non plus subir. Le rapport à l’information est alors moins passif, on décide du discours que l’on veut entendre. Le problème c’est qu’internet et ces réseaux permet à n’importe qui de jouir d’un écho et d’une influence importante : Seulement, le blogueur moyen ne possède pas forcément les qualités d’analyse et de formulation d’un journaliste.

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