La construction de l’événement sur internet

 

INTRODUCTION

  1. Le processus de construction sur Internet
  • 1-Les acteurs impliqués
  • 2-Les outils et supports utilisés
  • 3-Quel public visé ?
  1. Les effets produits sur la sphère publique
  • 1-La notion de buzz
  • 2-De l’événement privé à l’événement public– définition du buzz social
  • 3-Ce qui est à remettre en question

CONCLUSION

INTRODUCTION

Qu’est-ce qu’un événement ? Un fait devient un événement à partir du moment où les médias et les acteurs des médiations politiques culturelles et symboliques lui donnent une signification et le situent dans l’histoire de l’espace public dans lequel il survient. Un événement s’inscrit donc dans un rapport particulier au temps et s’exerce à travers des relations sociales et politiques, aux effets dits « structurants ». On peut souvent situer un avant/après événement. Pour émerger et venir à la surface de l’histoire, l’événement se doit d’être perçu et caractérisé. Il s’accomplit à l’intérieur de perceptions extrêmement diverses qui renvoient aussi au domaine des affects. Donc on est dans le registre des émotions et souvent aussi, de la mémoire (nous pouvons tous aisément nous souvenir d’où nous étions le jour des attentats du 11 septembre 2001)

En ce sens, l’explosion nucléaire de Fukushima, la révolution des parapluies de Hong Kong, mais aussi un prix en augmentation, un traité diplomatique ou un fait divers constituent des événements, au sens sémiotique, politique, historique et social du terme. En outre ici, de manière publique comme privée, l’événement implique ceux qui le créent, ceux qui le publient sur le net et ceux qui y participent.

Ainsi, il est important d’analyser comment construire un événement sur Internet. Qu’est-ce que cela implique précisément en termes de diffusion sur le web puis de perception de l’événement lui-même par les internautes? Notre présentation s’est articulée autour de deux parties. La première définit explicitement le phénomène de construction de l’événement qui apparaît sur Internet. Elle tente d’analyser ses acteurs, ses outils mais aussi le public qui est ciblé. Dans un second temps, nous aborderons les effets produits sur la sphère sociale à court terme mais aussi à long terme. Nous étudierons aussi ce qu’il est important de remettre en question dans ce phénomène.

 

  1.  Le processus de « construction » sur Internet
  • A.   Les acteurs impliqués

1)  LES JOURNALISTES 

Un fait d’actualité ne devient pas un évènement tant qu’il n’est pas repris par les médias. Le journaliste a donc une grande responsabilité quant à la création d’un évènement : un fait d’actualité devient un évènement à part entière lorsque le journaliste en parle, et surtout quand de nombreux journalistes en parlent.

Ce fait est encore plus vrai avec LE WEB ET SON CARACTÈRE VIRAL. Les médias ont de la crédibilité auprès du public, une certaine reconnaissance, leur but est donc de montrer la réalité à travers des sons, des images et des interviews. Ainsi, traiter un même type d’information de la même façon ou de manière différente, c’est créer l’événement dans la sphère publique. De cette manière, une hiérarchisation de l’actualité s’opère. Une actualité sort du lot lorsque tous les médias en parlent et en font leur sujet principal ou de « une » . C’est là qu’on peut parler de la création d’un événement par les médias.

Dans ce sens, nous pouvons nous demander si certains faits ne devraient pas d’être traités comme des événements et le sont pourtant. Certains faits d’actualité pouvant faire le buzz sont ainsi exagérément traités. Les journalistes peuvent alors parfois créer un évènement de toute pièce.

C’est la thèse que défend l’Article de Rue89 intitulé « guerre des rythmes scolaires, une création des journalistes » par Pierre Le Coz. En réalité il n’y a pas d’événements en soi, il y a juste des faits. Ex : Dans l’affaire des rythmes scolaires, le fait que des maires ne veuillent pas appliquer cette réforme est un fait qui a de l’importance uniquement selon le traitement qu’en font les médias. Les maires de petites communes ont ainsi été qualifiés de résistants ou de désobéissants civils uniquement parce que les journalistes parlent d’eux ou parce qu’un cameraman vient les filmer. C’est l’idée du pseudo-évènement qui n’est que passager. Les médias n’en parleront que quelques jours puis oublierons cet évènement.

La frontière est maintenant parfois floue entre les journalistes et les blogueurs. On voit d’ailleurs apparaitre le terme de « journaliste blogueur ».

2) LE JOURNALISME PARTICIPATIF

Le rôle des blogueurs (de l’internaute lambda) est d’écrire des billets avec un avis personnel, répondre à d’autres blogueurs et échanger des débats en commentant l’actualité.

Voici l’exemple d’un évènement lancé sur internet, par des personnes lambdas : le Ice Bucket Challenge. Il est d’abord lancé sur le net par des célébrités, des personnes lambdas, puis repris par les médias. Son but est la lutte contre la maladie de Charcot : se filmer en train de se verser un sceau d’eau sur la tête, mettre la vidéo sur les réseaux sociaux, nominer d’autres personnes et faire un don sur internet. La campagne devient virale et très médiatisée l’été 2014 quand des personnalités célèbres se prêtent au challenge : Bill Gates, mark Zuckerberg, Barack Obama…

Internet et l’imagination des internautes ont changé la façon de mener une campagne de levée de fonds.

Aujourd’hui avec internet, tout le monde participe à nourrir un évènement et à commenter l’actualité par le débat. C’est le cas des blogueurs, donc ceux qui écrivent, mais aussi des témoins d’un fait (photo postée sur Facebook ou Twitter, ou un simple commentaire laissé sur un site d’information).

Monsieur tout le monde peut créer l’évènement en postant une idée sur internet, mais aussi les personnages politiques qui utilisent internet comme moyen de communication et qui très souvent créent l’évènement (dérapages, polémiques qui partent souvent d’un tweet sur le compte d’un homme politique).

3) LES COMMUNITY MANAGERS 

Aujourd’hui la plupart des entreprises recrutent des community managers, dont les médias

Car la question de l’e-réputation (contrôler l’image d’une entreprise en ligne) est devenue très importante. Son travail est de gérer les différents comptes de réseaux sociaux d’une entreprise.

Voici la stratégie employée par un community manager dans son travail, résumée en 4 points importants :

1- Développer la notoriété de la marque (de l’entreprise, de l’institution, de l’association, du média) sur le web

  • Effectuer une veille permanente des communautés (bloggeurs, forums de discussion…).

2- Animer la communauté et renforcer sa cohésion

  • Lancer des sujets permettant de susciter le débat ou le partage d’expériences, de pratiques entre les internautes
  • Faire respecter certaines règles au sein de la communauté modérer le contenu produit par l’internaute : exclusion des propos, photos, ou vidéos à caractère insultant…
  • Assurer la fidélisation des internautes via des évènements on-line (newsletter, jeux concours…).
  • Créer opérations événementielles pour réunir physiquement la communauté et ses leaders (bloggeurs influents, membres « VIP »,…).

3- Faire un suivi

Evaluer l’évolution de la communauté :

  • Suivre si les internautes sont satisfaits ou insatisfaits
  • Suivre les statistiques de fréquentation.

4- Rester en veille
partie très importante du travail

  • Surveiller les nouveaux usages (nouvelles technologies, nouvelles habitudes des internautes)
  • Faire de la veille concurrentielle à pour un média, regarder comment les autres mettent en valeur leurs articles…
  • Identifier les sites et plateformes émergeants

Nous avons pu étudier cette stratégie lors d’un cours avec  le community manager d’Euronews : veille, rédaction, faire du référencement, faire ressortir les articles sur les différents réseaux sociaux et google sont des éléments primordiaux.

Un gestionnaire de communautés a la possibilité de faire ressortir un évènement particulier de l’actualité en boostant articles, vidéos, images sur les réseaux sociaux. De plus, les réseaux sociaux peuvent lui permettre de vérifier l’information et de se méfier des informations qui circulent trop vite sur Twitter. Il est primordial de s’assurer de la fiabilité avant de relayer l’info et de la partager. Le danger du web est aussi d’aller trop vite.

 

  • B.   Les outils et supports de construction utilisés

 

  • Les réseaux sociaux: Ils sont de plus en plus nombreux et permettent une grande connectivité. Dans certains cas, leur rôle est assez déterminant. Prenons l’exemple du lien entre le réseau Facebook et les révolutions du printemps arabe 2011. En Tunisie, grâce au réseau social, certains cyberactivistes ont pu prouver ce que faisait le gouvernement. Le site a pu  servir de force mobilisatrice, de moyen de communication avec l’étranger, notamment pour les vidéos mises en ligne, et aussi de GPS pour les manifestants qui voulaient éviter les barrages de police. Le rôle d’Internet plus généralement a été crucial dans la chute du régime de l’ancien président Ben Ali en janvier 2011, qui avait facilité l’accès des tunisiens à l’ordinateur parce que sa famille possédait les sociétés fournisseurs d’accès (FAI). Une mesure qui s’est finalement retournée contre lui.

Grâce à cette cyber-mobilisation, les événements qui ont suivi ont donc eu lieu plus facilement. Sans pour autant influencer ou menacer la toile des médias traditionnels, institutionnels, leur rôle d’influence sur l’opinion publique est donc désormais à prendre sérieusement en compte.

  • Le blog, outil d’influence : Pour ensuite juger d’un événement, décrire en quoi il consiste, mettre à jour certaines composantes de l’événement (des réactions, des épisodes particuliers), le blog s’avère être un outil assez puissant, notamment pour l’espace qui y est laissé aux citoyens-internautes, qui contribuent à ce phénomène qu’on appelle le journalisme participatif.
  • L’alerte et la veille
  • Le règne du visuel

Pour comprendre ce phénomène de construction sur Internet, il est primordial de réaliser que l’ensemble de ces outils se trouve de plus en plus accessible et de plus en plus rapidement, notamment grâce à la multiplication des différents supports numériques de communication : smartphones, tablettes, objets connectés, hotspots wi-fi accessibles partout etc. L’Internet est omniprésent dans nos vies. Cela contribue fortement à alimenter ce processus de construction d’un événement.

 

  • C.   Quel public visé ?

Quasi tout le monde a aujourd’hui accès à internet, particulièrement dans les pays industrialisés. C’est un vaste lieu d’échanges, ou l’on peut s’enrichir, apprendre, se divertir et s’informer. Les journaux tels que Le Monde, Le Figaro, pour ne citer qu’eux, ont bien compris le rôle croissant du web et ils se sont donc empressés de créer des sites afin de ne pas perdre leur lectorat, de rester attractifs sur le marché de l’information et de prendre en marche la révolution numérique. Pour la majorité des sites en ligne, hormis les pure players (comme Mediapart qui fonctionne sur l’abonnement) ou certains articles/dossiers dont les contenus sont payants, le contenu mis en ligne est gratuit et donc accessible à un large éventail de lecteurs. Ce qui permet de toucher et de viser nombre  conséquent de lecteurs. Il y en a pour tous les goûts, les centres d’intérêts et les âges. Chacun peut sélectionner l’article qui l’attire le plus, de par le sujet dont il traite ou de par la façon dont l’info est abordée. D’où l’importance de l’angle mais aussi du titre, des mots-clés sélectionnés encore plus sur le web que dans la presse écrite traditionnelle.  L’évènement est donc facilement accessible à tous sans critère de présélection requis . Il  est en libre-accès.

Du fait qu’internet soit accessible à tous, sans limitation ou presque aucune, cela peut parfois conduire à des dérives. Un des exemples actuels le plus frappant, qui montre bien le revers de cette accessibilité à tous est l’embrigadement au djihad.

On ne parle que de ça en ce moment avec la lutte contre le terrorisme. L’enrôlement de jeunes via les réseaux sociaux, particulièrement parle biais de Facebook, pour les amener à partir en Syrie ou en Irak faire le djihad. C’est un vrai problème de société, qui fait le buzz car il est très relayé dans les médias et concerne plusieurs jeunes Français. Ce buzz joue sur la menace, la sécurité et la peur. Internet est ici utilisé à des fins d’endoctrinement, d’embrigadement et il devient un outil redoutable car il existe peu de contrôle. Cela est néanmoins en passe de changer notamment avec la loi Cazeneuve qui prévoit le blocage administratif de sites glorifiant le terrorisme.

 

  1. Les effets produits sur la sphère publique
  • A.   La notion de buzz

1) Définition

 Le buzz  est un terme anglais signifiant « bourdonnement » d’insecte. A l’origine, c’est une technique marketing consistant à faire du bruit autour d’un événement, d’un nouveau produit ou d’une offre.  On parle aussi de « buzz » en dehors du contexte commercial : une œuvre ou une idée peuvent créer un « buzz ». Aujourd’hui, c’est un moyen de communication ultra efficace qui n’utilise pas un média spécifique en particulier mais occupe tous les canaux de communication. C’est une sorte de publicité sauvage qui passe par le consommateur et le fait devenir vecteur du message, et non plus seulement simple messager. La diffusion se fait donc par le bouche-à-oreille, voire la  rumeur, pour promouvoir une action, un produit, un service ou un événement.

Exemple de buzz : le Harlem Shake qui avait créé le buzz sur la toile en février 2013 sur Youtube et dont les vidéos provenant du monde entier avaient généré de nombreuses vues sur Internet.

Il faut faire la distinction entre rumeur, évènement et buzz. Pascal Froissart  étudie la notion de notion de rumeur (La rumeur. Histoire et fantasmes). Il pose la question « Internet : le média de la rumeur ? ».

2) Stratégie

Le buzz s’inscrit dans une stratégie marketing et tente d’utiliser des modes de diffusion novateurs. Initialement à budget modeste, le lancement d’un buzz demande de plus en plus de création (sites événementiels, motion design, vidéos) et d’interactions (multi-canal avec par exemple des passerelles web/GSM).

Enfin, le buzz repose sur un principe de surprise puisque les moyens utilisés doivent être sans cesse renouvelés pour faire sensation et donc faire parler. Le média est l’objet de la communication et non son moyen. Le terme de « buzz » a connu un essor considérable depuis l’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). En effet, ce mode de diffusion permet une propagation démultipliée des messages, à des rythmes élevés et à de faibles coûts. Par exemple, la création d’un site Internet puis le publipostage suffit au buzz pour se créer si l’information est suffisamment répercutée. Le buzz s’appuie en outre sur l’aspect web 2.0 (la notion de participation) avec l’utilisation des réseaux sociaux comme TwitterFacebookLinkedInViadeo ; des réseaux communautaires interactifs (MySpaceYouTubeDailymotion) ; du blogging (reprise de l’information par les leaders d’opinions, l’utilisateur lambda, les communautés). Savoir buzzer c’est aussi manier l’humour pour susciter le partage et l’adhésion.

Internet donne donc une dimension supplémentaire au bouche à oreille. Mais il faut aussi mettre en avant le rôle de l’individu qui est primordial car c’est lui choisit ou non de relayer une idée.

On peut distinguer deux types de buzz :

*Celui qui est orchestré, qui est le produit d’une stratégie (comme le buzz marketing). On a l’idée d’une rumeur contrôlée. Exemple de Carambar qui avait fait le buzz en annonçant la fin de ses célèbres blagues. C’était en réalité un coup de com car il s’agissait d’un canular.

*Celui qui intervient sans la volonté des principaux intéressés : nous avons tous visionné les vidéos des dérapages médiatiques de journalistes ou d’hommes politiques.

Dans la création d’un buzz, au-delà de l’idée ou de l’information qu’il véhicule, il y a des points communs dans la construction de celui-ci, notamment dans les médias : importance des mots choisis, choix d’images chocs, de titres accrocheurs, d’un vocabulaire précis et ciblé. Le visuel est essentiel sur le web, c’est ce qui attire le lecteur.

3) Les limites du buzz 

 Le mode de diffusion d’un buzz sur la toile est non contrôlé : tout le monde peut commenter et prendre part au message. Et, comme souvent dans le cas d’une rumeur, on peut modifier et détourner le message initial. Le buzz est donc incontrôlable. Il est difficile de le faire naitre, mais il est surtout impossible de le contrôler à partir d’un certain niveau.

L’un des risques est que le buzz se transforme en bad buzz. Un bad buzz est un phénomène de « bouche à oreille » négatif qui se déroule essentiellement sur Internet et qui est subi ou provoqué par une action initiale. Le bad buzz peut être une action de marketing peu appréciée ou détournée par les internautes. Il peut également s’agir du résultat d’une action entreprise par un individu mécontent d’une marque ou entreprise.

Exemple d’un bad buzz : le community-manager de la police avait twitté son score à jeu en ligne sur le site officiel de la Police Nationale. S’en était suivit une avalanche de twittos et cela avait débouché sur une crise digitale au détriment de l’image de l’institution car celle-ci n’avait pas sur réagir à cette crise.

Dans la course à l’évènement médiatique, c’est bien souvent la logique du clic qui prime. L’idée de rémunérer les journalistes au clic a déjà fait son chemin. Le USA Today voudrait en effet payer en partie  ses journalistes au nombre de clics générés par leurs articles sur le site du quotidien. En résumé, comme l’écrit Hugues Serraf, journaliste à Slate, il s’agira de  » Ne plus parler que de ce qui fait le buzz en truffant ses papiers de « Paris Hilton nue », « Tom Cruise scientologue » à propos de tout et de rien pour faire frémir Google ? « . Bref, de ne proposer aux lecteurs que ce qu’ils veulent et lier la rémunération des journalistes à leur popularité.

Exemple  de buzz : buzz autour de personnalités sans grand intérêt, qui n’ont rien à offrir  mais qui créent  le buzz. C’est notamment le cas avec des starlettes de programme de téléréalité. Nabilla en est le meilleur exemple !

 

  • B.   De l’événement privé à l’événement public

Lorsque l’on parle de buzz, il est aussi important de parler de la notion de buzz social. Cette expression traduit la nouvelle tendance pour les internautes de se servir d’internet pour passer de l’évènement privé à l’évènement public. Cela touche alors la question de la célébrité à tout prix, en passant par internet.

Deux notions de l’évènement sur internet seront abordées dans cette sous-partie.

Celle de l’évènement dans le sens de créer le buzz et se faire connaître (créer l’évènement sur les plateaux tv, sur le net… = FAIRE L’ACTUALITÉ) et ainsi devenir un phénomène en attirant l’attention des médias.

Celle de l’évènement ponctuel qui est la création d’une manifestation ponctuelle, comme une rencontre ou un apéro géant (l’évènement Facebook pour faire plus simple).

Se servir d’internet pour se faire connaitre est maintenant un phénomène courant avec les chaines Youtube et le fait de se mettre en scène. C’est le cas avec ce que l’on appelle les « vlogs ». Les Youtubers, comme on les appelle se filment au quotidien puis mettent ces vidéos en ligne afin de devenir en quelque sorte les héros de leur propre vie. Se rendre célèbre en se filmant à travers les chaines beauté, chaines jeux vidéo, chaînes livres (booktube) est devenu un phénomène courant. Plusieurs communautés Youtube existent ainsi.

Etre Youtuber  peut même devenir un véritable métier très rentable grâce aux partenariats avec des marques. Ces nouvelles stars du net vont à la rencontre de leur public. Ils ont alors la possibilité de créer des évènements autour d’eux, dans la vraie vie. Ce sont les meet ups,  ou les apéros géants (dans plusieurs villes ils ont déjà fait l’objet de buzz, dérapages et interdictions).

Ainsi, l’évènement privé (se filmer tout seul chez soi) peut devenir public en le publiant sur Youtube et en ayant des millions d’abonnés. Cela peut prendre des proportions énormes dans certains cas. Cependant il y a aussi des dérives à un évènement privé qui devient public. C’est le cas pour FACEBOOK et les fêtes incontrolables dans une maison qui tournent à la catastrophe parce que des milliers de personnes viennent. C’est d’ailleurs l’objet du film projet X. Le passage d’un évènement privé à un évènement public sur internet comporte ainsi certains dangers.

 

  • C.   Ce qui est à remettre en cause

Grâce à tout ce qui a été évoqué précédemment, on se rend compte que finalement n’importe quoi peut devenir événement, en fonction de la manière dont il est médiatisé, diffusé, et donc ensuite reçu par le public. Il n’y a jamais autant eu d’événements « construits »  qu’aujourd’hui.

C’est ce qui est important d’analyser, notamment en termes de déontologie de l’information : il faut avant tout questionner, dans tous les cas, l’authenticité de ce qui est construit sur Internet. Se demander d’où vient l’information, qui la produit et la diffuse, comment. Comment sait-on que tel président a démissionné, que telle population se rebelle contre le gouvernement, que tel attentat a été commis…

  • La manière dont l’événement est construit atteint ses limites quand celui-ci est « déformé » ou parfois raconté à la manière d’un récit : principe du storytelling, qui est la technique narrative pour parler d’un événement. Et Internet est un terrain propice au storytelling, puisqu’il lui ouvre la porte à de multiples moyens de diffusion : blogs, sites web, réseaux sociaux dont on a parlé précédemment, le mailing etc.

L’événement médiatisé est donc raconté comme une histoire. Il est apparenté à de la fiction. C’est une manière de formater les esprits selon Christian Salmon, auteur de son célèbre guide « Storytelling ». Il y décrit l’art de raconter les histoires, de médiatiser comme une arme de distraction massive, parle d’information capitaliste et politique. Cette technique est avant tout une technique marketing, principalement utilisée par les entreprises, mais maintenant aussi par les médias. Et cette méthode permet tout à fait de contribuer au processus de construction de l’événement dont il est ici question.

En France, ce phénomène s’applique parfois à la vie politique, où certains scandales sont relatés à la manière d’épisodes, de sagas. On multiplie d’ailleurs les scandales, médiatisés sous la forme d’ « affaires » : L’affaire Karachi, l’affaire Bygmalion, l’affaire Jouyet-Fillon en ce moment.

+ exemple d’événements carrément « déformés » : Tour Eiffel pour la coupe du monde et pas pour N. Mandela).

  • Le fait que n’importe quel internaute puisse produire de l’information est également à prendre en compte pour analyser et parfois (pas forcément systématiquement) remettre en question la construction d’un événement sur Internet. On en revient à un débat de déontologie…

 

CONCLUSION

L’événement n’existe pas dans la sphère sociale tant qu’il n’a pas été traité et construit par les médias. Si le fait n’est pas relayé, il n’y a pas d’évènement. D’où le rôle essentiel des médias pour la construction de ceux-ci.

Le rôle d’internet dans ce processus est de plus en plus important du fait de plusieurs caractéristiques :

  • La vitesse de diffusion du message
  • La liberté de ton du support
  • L’accessibilité au web de tous

Bien que la notion de buzz existe depuis un moment déjà, le buzz se retrouve démultiplié avec internet car touche un public conséquent. Internet et ses réseaux permettent à n’importe qui de jouir d’un écho et d’une influence importante, d’être relayé. L’accès est quasi sans contrainte ni limite. Ce qui peut d’ailleurs poser des problèmes et générer des dérapages.

Les pièges sont nombreux ; bad buzz, véracité des faits, storytelling, course au clic… Ce n’est pas parce qu’une vidéo postée sur le net génère de nombreuses « vues » et créer le buzz que l’information qu’elle relaye est d’importance ou est vraie. Et c’est bien tout le problème avec les nouveaux moyens de communication qui facilite l’instantanéité, la rapidité parfois au profit de la véracité. On est dans une société du spectacle, ou une info en chasse une autre.

« La construction de l’évènement, les médias et l’accident de Three Miles Island » , E.Véron

 

Clémence Cluzel, Lise Chargé et Aimée Le Goff

 

Laisser un commentaire