Publier sur le web

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PUBLIER SUR LE

Pauline Boulet – Adèle Binaisse – Cécile Bonté – Judith Hillebrant

Introduction

Le choix de ce sujet est parti du constat de la mutation qui s’est effectuée au sein des médias comme du monde journalistique. En effet, le format traditionnel, sur papier, a évolué et il tend aujourd’hui à disparaître avec le développement du format web.

La mutation a commencé dès le début des années 1990 aux États-Unis et en France : le Chicago Tribune, hébergé par AOL, propose alors ses premières informations sur Internet dès 1992. En France, Le Monde crée un service multimédia en 1994 et ses informations sont accessibles via Infoni, en 1995. La même année, Libération, L’Humanité, Le Parisien, Les Dernières Nouvelles d’Alsace ou encore Ouest France, créent leur propre service sur Internet. Ce ne sont que les débuts : les modèles se cherchent et  les journaux tâtonnent pour s’adapter à ce secteur dans lequel tout va très vite.

Innovation après innovation, il s’agit d’offrir sur Internet quelque chose de  compétitif. L’objectif est de fournir une  vraie valeur ajoutée au monde de la presse. Les  sites d’information foisonnent sur le web mais la problématique est de durer et de fournir un travail de qualité. La   précarisation du métier et  l’immédiateté de l’information  recherchée  par de nombreuses rédactions  web ont deux  conséquences fortement  néfastes pour la profession comme  pour les  lecteurs : une baisse  généralisée de la qualité des articles  publiés  (sur le fond comme sur  la forme) et une extrême abondance de  ces derniers.        

Rapidement, la  publication en ligne soulève de nouvelles questions, notamment sur les droits d’auteur attachés au travail des journalistes. Il apparaît nécessaire de légiférer,  de s’adapter au nouveau contexte. Récemment, plusieurs lois ont été votées pour encadrer la publication sur le web. En 2009, en France, la loi « Création et  Internet » met en place un système de cession des droits attachés aux productions des journalistes. Sauf mention  contraire, la loi prévoit une rémunération unique pour l’exploitation de l’oeuvre du journaliste sur papier et sur le net.

La loi « Création et Internet » revient sur la loi de 1881 (loi sur la liberté de la presse) :

«  Lorsque l’infraction résulte du contenu d’un message adressé par un  internaute à un service de communication au public en ligne et mis par  ce service à la disposition du public dans un espace de contributions  personnelles identifié comme tel, le directeur ou le codirecteur de la  publication ne peut pas voir sa responsabilité pénale engagée comme  auteur principal s’il est établi qu’il n’avait pas effectivement  connaissance du message avant sa mise en ligne ou si, dès le moment où  il en a eu connaissance, il a agi promptement pour retirer le message.  ».

Cette disposition marque donc une rupture avec le régime de  responsabilité traditionnel du directeur de publication.

Aux débuts du journalisme en ligne,  les principaux quotidiens ont simplement transposé leur contenu sur le web. Aujourd’hui, on peut parler de l’existence d’un multimédia Internet, c’est-à-dire que tous les sites Internet accueillent une multitude de médias : textes, images, vidéos et sons. Le décalage entre support web et papier interpelle. Par exemple, le journal Libération est lu par 4 millions de visiteurs uniques en ligne, pour 100 000  exemplaires  papier par jour en moyenne.

Le web a ainsi accentué l’interaction entre lecteur et médias. Les blogs du Monde par exemple, et notamment son site des Décodeurs, se définissent eux-mêmes comme des agents d’interaction :  » Les décodeurs du Monde.fr vérifient déclarations, assertions et rumeurs en tous genres ; ils mettent l’information en  forme et la  remettent dans son contexte; ils répondent à vos questions. » Toutefois, en donnant plus d’importance au lecteur, le web a également augmenté leur exigence et leur parole critique.

Image : Blog Slate

I/ La modération

La publication et la liberté sur le web impliquent de parler de modération. En effet, ce sont les modérateurs qui décident de ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Ils surveillent, contrôlent, alertent.

L’apparition du web s’est accompagnée de l’apparition de nouvelles formes de modération. On peut différencier 4 types de modérations :

  • Modération en amont ou a priori :
  • Souvent exploitée pour la publication  d’articles sur les sites des grands médias traditionnels (actualités, critiques, analyses…)
  • On vérifie que l’information reste légale (pas de discrimination raciale, pas d’atteinte à l’ordre public, pas de pédophilie…)
  • On s’assure que l’article est en adéquation avec la ligne éditoriale du site.
  • On s’assure que les images n’entachent pas le droit à l’image d’une personne sur le site.
  • Modération en aval ou a posteriori (caractéristique du journalisme web) :
  • Plutôt  employée pour les commentaires que peuvent laisser les visiteurs au  sujet d’un article. Dans ce cas, il  est parfois prévu qu’une alerte  soit envoyée par courrier électronique à  l’auteur de l’article, afin  qu’il puisse intervenir en cas d’abus  (exemple : spams dans les  commentaires).
  • Mais aussi modération directe comme sur Wikipédia. Cela existait aussi dans les journaux papiers (Erratum ou Courrier des lecteurs).
  • Modération par anticipation : on choisit celui qui va publier librement, on lui accorde sa confiance compte tenu de sa notoriété par exemple, ou de des valeurs qu’il défend. Exemple des blogs invités du Monde.
  • Pas de modération : L’exemple le plus parlant est le site web 4Chan.

Sur le web, les modérateurs occupent une fonction rendue indispensable par l’éclatement des circuits de communication  traditionnels. Le modérateur est un médiateur entre l’internaute et le média.

Avec  le développement du Web 2.0,  la modération des contenus est majoritairement de  type a posteriori. Les internautes sont incités à alerter le modérateur du  non-respect de la charte du  site web. Le modérateur traite alors ces  alertes de façon réactive.

Ce  processus de modération est devenu essentiel pour de nombreux grands  portails communautaires. Plusieurs prestataires, tels que  Conciléo ou  Atchik Services  en France, se sont positionnés sur ce créneau et  offrent un service de  modération. La multiplication des espaces de  réaction en ligne et des  médias sociaux a provoqué le développement des outils de  modération. Parce que les internautes participent davantage, la modération a du s’adapter.

 II/ La participation

Les sites participatifs sont l’autre  trait caractéristique de l’information à l’heure de la Révolution Internet. Participatifs ou contributifs, ils sont le symbole du Web 2.0, soit l’interrelation entre le journaliste et l’amateur :

 «  Sur Internet, l’amateur peut non seulement acquérir des compétences,  mais aussi les mettre en œuvre sous différentes formes. »

Patrice Flichy, Le sacre de l’amateur: sociologie des passions à l’ère numérique

Les sites participatifs ont vu le jour en Corée du Sud dans les années 2000 avec le site OhMyNews, du nom du créateur Oh-Yeon Ho. Dans les années 1990, les blogs sont apparus et après le 11 septembre 2001, les lieux de diffusion de l’information ont changé.  En 2003, les soldats en Irak créent des warblogs sur lesquels ils livrent leur propre vision du conflit Etats-Unis/Irak. Cette démarche témoigne de leur volonté de créer un espace d’information alternatif ; voire de fournir de la contre information.

Aujourd’hui, les sites participatifs fonctionnent de manières variées. Par exemple, le site Madmoizelle.com fonctionne par membre. Chacun a la possibilité de publier des « post » mais la rédaction a un droit de regard (on peut écrire, mais on ne sera pas forcément publié). 

Autre exemple, le site Agora Vox se présente comme un média citoyen. Le lecteur devient modérateur au bout de 4 articles publiés. L’idée fondatrice consiste à penser que tout le monde est capable de publier un article. Toutefois, de tels sites manquent de crédibilité au regard des internautes qui recherchent de l’information. En effet, les sites participatifs présentent de l’information alternative, mais finalement, seule une minorité des internautes s’exprime par leur biais. De très nombreux titres ont fait le choix d’ouvrir leurs pages aux commentaires des internautes. En réaction à l’actualité (ou en réaction aux réactions), ces derniers ont su se saisir de ce nouvel espace d’expression.

L’héritage des débuts d’Internet est bien présent aujourd’hui. A l’origine, Internet proposait un contenu 100% gratuit. Tout était disponible en accès illimité et la parole était de fait elle aussi illimitée. Internet véhiculait et véhicule encore le mythe de la liberté totale. Pourquoi cette liberté est-elle un mythe? Tout simplement parce qu’il est difficile de trouver un site sans modération. Nous n’en connaissons qu’un seul : le site 4Chan.  Lancé en octobre 2003, ce forum anglophone est absolument anonyme. Il n’est pourvu d’aucun système d’inscription. C’est sur ce site que les Anonymous ont créé leur communauté, en s’inspirant du pseudo que tous les utilisateurs affichent : Anonymous.

Pour répondre à la demande d’informations et trouver sa place parmi l’opulence d’actualités, les médias ont trouvé la solution : le lecteur est devenu acteur. Bien sûr, en général (comme on l’a vu) l’information est vérifiée. Mais le résultat demeure le même : un anonyme écrit et publie sans être payé. De sa modique participation, il vient enrichir l’ensemble du réseau d’information et fait marcher la concurrence. Il faut constamment des « news », du neuf, parce que « l’info ne dort jamais ». La participation du lecteur fait désormais partie des critères de rentabilité d’un média.

Les réseaux sociaux font partie intégrante de cette spirale de l’information. Ils  jouent eux aussi le rôle de fournisseurs d’information. Chaque réseau social redirige vers des articles connexes, des liens, des sites de médias, sites de professionnels ou journalistes a leur compte, ou site de tout citoyen qui publie. On a vu le rôle qu’a pu jouer Twitter par exemple lors des attentats du marathon de Boston (Etats-Unis) en 2013.

2:51 p.m.:

An explosion just went off in downtown Boston. Spectators fleeing the #bostonmarathon course.

George Scoville (@stackiii) April 15, 2013

L’information a été relayée en temps réel sur Twitter, mais elle a mis plus de temps à être traitée par les médias (le temps de se rendre sur place, de recouper les  infos, vérifier, écrire…). Les citoyens sont devenus source d’information. Ils  sont plus rapides, disposent de tous les outils pour relayer l’information mais ils ne fournissent pas de garantie sur ce qui est délivré.

Cette mouvance a donné naissance à un véritable journalisme citoyen :

Le journalisme citoyen est un aspect particulier du média citoyen qui est l’utilisation des outils de communication, notamment ceux apportés par Internet (site web, blog, forum, wiki…),  par des millions de particuliers dans le monde comme moyens de  création, d’expression, de documentation et d’information. Il y a un  certain renversement dans ce domaine, le citoyen passant du rôle de  simple récepteur à celui d’émetteur, devenant lui-même un média.

On appelle les acteurs du journalisme citoyen « Citoyen Reporter ».  Il s’agit d’internautes qui souhaitent témoigner sur ce qu’ils voient,  sur ce qu’ils entendent ou sur ce qu’ils constatent. Agoravox, Citizenside, iReport sont les principaux acteurs sur internet s’étant dotés d’une plateforme communautaire de journalisme citoyen. Mais les pro journalisme-citoyen  reconnaissent ses faiblesses et limites :

« L’avantage, c’est qu’un  citoyen journaliste sera capable de publier quelque chose qu’un journal  aura peur d’imprimer. L’inconvénient, c’est que la vérification des  faits se fait après publication ».

Même les médias traditionnels laissent place aux citoyens. Le Monde a créé une plateforme de blogs auxquels ses abonnés peuvent participer (6000 abonnés pour le moment). Pour accéder à la publication libre, les auteurs sont guidés par un « mode d’emploi » et doivent respecter la « charte des blogs et règles de conduite ». Le Monde se garde le droit de supprimer les blogs. Les blogs sont hébergés par WordPress, les auteurs sont donc libres pour ce qui est de la mise en page, ce qui donne des blogs très disparates. Le Monde ne communique pas en masse sur ces blogs ; pour y accéder depuis le site Lemonde.fr il faut d’abord cliquer sur l’onglet « Idées », puis que celui « Blogs », et enfin le menu « blogs abonnés ». De plus, il faut être sur un blog abonné pour voir la bannière « Créez votre blog » », petite et non scrollable.

III/ Le rôle de la mise en page

C’est aussi pour pallier à cette concurrence de Monsieur tout le monde que les médias incitent le lecteur à participer sur leur site web. Selon qu’ils souhaitent attirer ou non son intervention, la mise en page varie.  Sur Internet, le design et les couleurs ont une fonctionnalité.

Le site du New York Times est un bon exemple pour illustrer l’importance de la mise en page. Le journal a totalement fait évoluer sa page d’accueil. Il a mis en place un agrégateur de contenu, nommé Watching et géré par des journalistes. Cet agrégateur fonctionne comme un fil d’actualité (à la manière de Twitter) qui regroupe des articles qui ne sont pas forcément du NYT. L’idée est novatrice mais malheureusement, le système ne fonctionne pas et le NYT est en train de se replier. 

Pour prendre un autre exemple, l’un des sites d’information les plus consultés est certainement Wikipédia. L’information y est modérée en aval/a posteriori, par les utilisateurs eux-mêmes, qui sont donc des intervenants très actifs. Wikipédia fonctionne sans publicité. Le site est financé à 95 % par les dons dont 2/3 proviennent de particuliers et le tiers restant d’entreprises (surtout américaines) qui veulent améliorer leur image. La société Wikipédia se compose de 25 salariés seulement. Le gros du travail est donc effectué par des bénévoles et des contributeurs bénévoles : vous ou moi.

Dans Les Cahiers du journalisme en 2009, Nathalie Sonnac résumait le concept Wikipédia ainsi : « Wikipédia symbolise cette culture libre où s’observent de nouveaux comportements, et dont le principe s’appuie sur trois éléments fondamentaux : l’interactivité, le partage et la gratuité. »

Wikipédia est donc un site particulièrement dépendant de ses intervenants, et cela se voit : une bannière « participation » est présente sur toutes les pages.  Sur la page d’accueil, cette même bannière « participer » est très présente. Le site a également créé une page d’explication sur la « communauté » ce qui témoigne d’un désir d’appartenance à un groupe. Sur cette page, on propose au lecteur de contribuer au développement de l’encyclopédie en ligne et de soutenir dans la création de page. Le design est simple, épuré, blanc, sobre ; ce qui renvoie à l’image de la neutralité et la pureté de l’information. Evidemment, la réalité est toute autre puisque nombre de pages Wikipédia contiennent des erreurs. L’information est brute, sans analyse ni recul. Wikipédia donne l’illusion de l’objectivité mais leurre ses utilisateurs.

Prenons un autre exemple, celui d’AgoraVox. Sur le site, la publicité est très présente, ainsi que les appels aux dons. Comme indiqué sur la page, tout le monde peut contribuer :

 « Tout le monde peut devenir rédacteur  d’AgoraVox. Il n’est pas nécessaire de savoir écrire avec un style  journalistique affirmé. Chacun d’entre nous peut devenir une sorte de  « capteur en temps réel » de ce qui se passe dans notre entourage en  fournissant des articles, des images, des extraits vidéo ou audio. « 

Le  comité de rédaction est  constitué des milliers de rédacteurs inscrits sur AgoraVox. Ceux qui ont publié au moins 4 articles deviennent de  modérateurs. Tous les modérateurs sont chargés de voter individuellement  sur chaque article en fonction de son actualité, de sa pertinence, et  surtout de son originalité. De fait, des amateurs jugés par des amateurs jugent d’autres amateurs.

Sur le site, la bannière « devenez rédacteur » est située tout en haut, sur la bannière du nom, un endroit où le lecteur va forcément aller cliquer. Le code couleur est simpliste : noir/blanc/rouge  mais cette simplicité n’aide curieusement pas à la lisibilité. Le site est peu agréable, surchargé de contenus publicitaires : de fait, on n’attend pas de « plumes », mais seulement de l’information qui sort de l’ordinaire.

Ainsi, l’apparence sur les sites d’information semble assez révélatrice des contenus même si, bien sûr, on ne peut en faire une règle.

IV/ Le financement et le fonctionnement économique

Comment ces médias Internet réussissent-ils à perdurer? En réalité, ils réussissent difficilement, comme en témoigne la crise générale de la presse ; mais revenons un peu en arrière. A propos du site AgoraVox, nous disions qu’il était truffé de contenu publicitaire… Serait-ce la pub qui sauve la presse en ligne comme c’est actuellement le cas pour les médias papier ?

Publicité et presse ont toujours entretenu des relations étroites. Aujourd’hui, la  presse est plus que jamais dépendante de la publicité, tandis que la publicité n’a plus besoin de la presse pour prospérer. En effet, les journaux et médias ne sont plus les seuls organes de diffusion de masse. Le web offre désormais une multitude de plateformes disponibles pour diffuser des annonces publicitaires. D’après un article publié sur le site Acrimed, en 1995, on ne comptait que 23 500 sites Internet ; en juillet 2007, la société anglaise Netcraft en avait recensé plus de 125 millions.

Cet   élargissement du réseau Internet a des conséquences directes sur  l’économie de la presse (notamment des journaux papiers qui publient désormais également sur le web) : pour exemple, entre 2003 et 2007, le   journal Le Figaro a vu son chiffre d’affaires publicitaire tomber de 120 millions à 80 millions et affiche encore aujourd’hui une courbe descendante, tandis qu’entre  2007 et 2011, la publicité en ligne a connu une croissance de 20%. Le  journalisme sur le web perturbe profondément l’équilibre économique de  l’ensemble des médias d’information.

Du fait de cette baisse de financement par la publicité, la majeure partie des médias a créé des abonnements payants. La participation financière des lecteurs est devenue nécessaire. Les sites Internet des journaux ont mis au point des Pay Wall, qui ne sont pas toujours bien accueillis par les internautes, surtout quand le contenu était jusqu’alors accessible gratuitement.

Le film d’animation « EPIC 2014 », sorti en 2004, s’inscrit dans une démarche futuriste. Il se déroule en 2014 et illustre l’évolution des médias de 1984 à 2014. On y découvre un monde dans lequel les médias ont été remplacés par un seul média : Internet, qui contrôle l’ensemble de l’information et dispose de renseignements sur l’ensemble de la vie des individus. Le film débute sur ces paroles :

«   En 2014, les gens ont accès à une information si vaste et si abondante qu’on n’aurait jamais pu l’imaginer quelques années auparavant. Tout  le  monde y participe à sa manière. Tout le monde participe à la  création  d’un paysage médiatique vivant, mouvant. 

Comme si Internet avait donné naissance à l’information « tout le monde ». Nous sommes en train d’assister à la prise de pouvoir de la publication d’information sur le web. Aujourd’hui, les meilleurs journaux français – c’est-à-dire ceux qui ont les meilleurs chiffres d’affaire – sont des pure players : Mediapart, Rue 89 ou encore Slate ; c’est-à-dire des médias qui publient exclusivement sur Internet. Les pure players d’information sont apparus aux Etats-Unis, Salon ou Slate en tête. Depuis le milieu des années 2000, ces pure players d’information se sont multipliés.

En juin 2011, le Huffington Post a dépassé l’audience de NYtimes.com. En France on compte une dizaine de pure players d’information. De nouveaux venus font régulièrement leur apparition, tel Owni en 2010 ou Atlantico, en 2011. Toutefois, le fossé se creuse entre ces pure players. Médiapart prend le large en terme de chiffre d’affaires, tandis que Rue 89 et Slate s’essoufflent déjà.

Une explication à cela ? Médiapart est un site payant depuis ses débuts fin 2006 et est réputé pour imposer une politique éditoriale stricte. Le site prône une « radicalité démocratique ». La publicité est absente du site et pourtant, l’entreprise a atteint l’équilibre économique en 2010. Le secret de la réussite serait-il la méthode Médiapart ? A savoir,  contenu payant pour promouvoir le travail journalistique et assurer le financement, support web pour coller à la vitesse de l’actualité, politique éditoriale militaire afin d’assurer la cohésion et donc la crédibilité du site.

Toutefois, les pure players n’ont pas le monopole de l’innovation en matière d’info.

Des sites tels que Ijsberg se démarquent.

Créé en septembre 2014 par 8 jeunes journalistes qui ont entre 20 et 25 ans, Ijsberg fonctionne grâce à ses fonds propres. Le site est 100% gratuit, aucune publicité n’est diffusée mais tous les rédacteurs (ils prévoient d’en embaucher 50 avant la fin de l’année) sont rémunérés à l’article. Toutefois, Ijsberg n’est pas uniquement sur le web car leur fonctionnement n’est pas viable. Ils publient également un magazine papier trimestriel. On parle de modèle économique de niche : seul un public restreint a accès à ce contenu d’information en expansion. La ligne éditoriale est tournée vers un journalisme pointu, servi par un design épuré. La priorité est donnée à l’information, chaque article est précédé d’une large photo. Le tout est façonné pour plaire à un public exigent puisque Ijsberg possède un fort capital culturel. De nombreux étudiants font partie des lecteurs.

L’originalité du projet réside en ses propositions de lecture : le lecteur peut choisir de lire « Promptement, Calmement, Lentement ». 

Conclusion

A l’heure de la création d’Internet, à la fin du XXe siècle, les échanges mondiaux sont en pleine expansion et le principe de globalisation prime. Internet permet une ouverture totale, sa gratuité est induite. 

Aujourd’hui : le « monde interne » prend le dessus sur le  » monde réel » ;  les bénéfices financiers proviennent de plus en plus du monde virtuel. Les politiques économiques des sites changent, en particulier pour les médias : de nombreux Pay-Wall se mettent en place ; les budgets des Pures-Players entièrement gratuits sont soutenus par une publication papier payante ; certains sites ne proposent que du contenu payant. Les genres se mélangent dans un même média : audiovisuel, papier,  web s’entremêlent et se complètent. Il ne se dégage plus de modèle économique général, ni de modèle de publication adaptable à tous les publics et à tous les médias.  

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